vendredi 7 septembre 1990

 

George Bush prépare une cassette à diffuser sur Radio-Bagdad.
Après avoir refusé l’invitation d’Hussein à participer à un débat télévisé, Bush accepte d’envoyer un message sur bande vidéo, qui sera diffusé à la télévision irakienne. Le président américain exige cependant certaines conditions : que le gouvernement américain ait toutes les assurances qu’aucune coupure ni qu’aucun montage ne soit effectué et que le discours soit obligatoirement programmé.

Interview du chef d'état-major français sur Europe 1 : une guerre ferait 100.000 morts.
François Mitterrand dépèche sur une radio française son chef d’etat-major des armées pour expliquer la position de la France. "Tous les scénarios ont été envisagés, y compris la guerre" confirme le général Schmitt au micro d’Europe 1. Au point d’avoir travaillé sur des estimations des pertes probables. Le chiffre de 100.000 morts avancé l’autre jour par Jean-Pierre Chevènement est "convenable", juge le général avant de préciser qu’il se répartirait "grosso modo entre 10.000 morts du coté des forces du droit et à peu près 90.000 du coté irakien". Quant aux otages, Schmitt ne craint pas d’estimer que "si c’était nécessaire, il faudrait faire la part du feu et frapper les sites" sur lesquels ils ont été répartis. C’est ce qui s’appelle faire bon marché de la peau des autres et c’est d’autant plus choquant que la plupart de ces otages sont des ingénieurs et techniciens envoyés là-bas dans le cadre de la politique de vente d’armes à l’Irak conduite jusque récemment par leurs gouvernements respectifs.

Conférence de presse d'Edouard Chevardnadze : il faut réactiver le "facteur arabe".
L’agence de presse soviétique TASS rapporte les propos que le ministre des Affaires étrangères de l’URSS a tenu ce soir devant des journalistes soviétiques, dans l’avion qui le ramenait du Japon. Enumérant les différentes propositions avancées pour résoudre la crise dans le Golfe, Edouard Chevardnadze a insisté sur la "réactivation" du "facteur arabe", notamment dans le cadre de la convocation d’une conférence internationale sur le Proche-Orient. "Si besoin est, a-t-il déclaré, je suis disposé à me rendre en Irak. Il est possible que je sois amené aussi à collaborer un peu avec Israël au niveau ministériel." Chevardnadze a précisé : "Si nous réussissons à convoquer une telle conférence, avec la participation des parties au conflit, des pays membres du Conseil de Sécurité et peut être quelques autres, alors on pourrait dans un premier temps examiner la question du Golfe, dans un second temps se consacrer à la question des territoires arabes occupés, c’est-à-dire au problème complexe du conflit israélo-arabe. Dans un troisième temps, la conférence s’occuperait du problème libanais".

James Baker rencontre les émirs saoudiens.
Ce n’est pas de solution pacifique que le secrétaire d’Etat américain James Baker est venu parler en Arabie Saoudite, mais d’argent. En l’occurrence des millions de dollars qu’il va falloir trouver pour continuer à financer le coût de l’intervention américaine. C’est l’essentiel des discussions qu’a eu James Baker avec son homologue saoudien et avec le roi Fahd hier soir à Djeddah. C’était également le plat de résistance de son entretien avec l’émir du Koweït Cheik Jader al-Ahmed al-Sabah qu’il a rencontré à Taëf, où il s’est replié dans les montagnes à l’hôtel Sheraton avec la plupart des membres de son gouvernement. "En tant qu’agressés, a déclaré l’émir à l’issue des entretiens, nous souhaitons que la solution arrive le plus rapidement possible et quel qu’en soit le moyen". L’un de ses ministres, Yayia el Sumait a été plus direct encore : "Je ne crois pas à la possibilité d’une solution politique avec un homme comme Saddam Hussein. Si cela dépendait de moi, je lancerais l’attaque contre lui dès demain". Interrogé sur le fait de savoir si des conditions ont été posées à Washington pour le déblocage de la contribution koweïtienne à l’effort de guerre, Cheik Sabah, ministre des Affaires étrangères, a répondu non. Mais il a aussi précisé ce que le Koweït attend de la force multinationale : "La défense de l’Arabie Saoudite et la libération du Koweït". Il n’a pas voulu préciser quelle somme serait consentie par son pays, mais on sait que les USA en espèrent 400 millions de dollars par mois. James Baker a confirmé le soutien total des USA au Koweït, à la libération de son territoire et à la restauration de la famille royale. Mais il a également affirmé que les USA s’en tenaient à l’application complète des résolutions de l’ONU pour contraindre Saddam Hussein au retrait en organisant l’asphyxie économique de l’Irak. "Nous avons besoin pour cela, a-t-il dit, de renforcer le consensus international en amenant davantage de pays à assumer des responsabilités financières et militaires". Le secrétaire d’Etat s’envolait ensuite pour les Emirats Arabes unis à qui il compte demander une contribution de cent millions de dollars par mois. Il se rendait ensuite en Egypte et en Syrie. A ces 2 pays, il ne s’agit pas de demander de l’argent mais au contraire de leur donner une récompense pour leur participation militaire à la force arabe. Avant de quitter Taëf, James Baker a inspecté les éléments de la force aérienne américaine stationnée sur l’aéroport. Le 2ème volet du voyage de Baker dans le Golfe est de poser les jalons d’une future "structure de sécurité commune" pour la région. Mais il nie avoir envisagé une "OTAN du Moyen-Orient". Mais quel qu’en soit le nom que l’on donne à l’organisme qu’il est en train de tenter de mettre en place, il sera dominé par les USA et pour l’instant aucun Etat du Golfe ne semble en mesure de s’y opposer efficacement.

L'Irak dit non à l'aide de la Croix-Rouge.
Cornelio Sommaruga, président du CICR s'est rendu à Bagdad durant la semaine pour rencontrer 3 fois Tarek Aziz, ministre irakien des Affaires étrangères. Le but de ces rencontres était de discuter sur le mode d'intervention de la Croix-Rouge, conformément à la Convention de Genève de 1949. Mais à l'issue de ces entretiens, le Comité International de la Croix-Rouge n'est pas parvenu à avoir l'autorisation d'intervenir en Irak et au Koweït pour aider les civils. Le gouvernement irakien n'a fourni aucune raison à ce refus.

En bref :
   

Des manifestations anti-américaines rassemblent plusieurs milliers de personnes à Amman (Jordanie).

Le roi Fahd d'Arabie et l'émir du Koweït en exil s'engagent à couvrir, à hauteur de plusieurs milliards de dollars, le coût de l'opération Bouclier du Désert.

La Norvège et la Suède décident d'évacuer leurs ambassades et consulats du Koweït.

Ils ont dit :
 
Lu dans la presse :

Jean-Pierre Chevènement, ministre français de la Défense : "Les estimations de l'état-major américain vont bien au-delà de nos experts : 20.000 à 30.000 morts de leur côté pour la reconquête du Koweït, contre 10.000 selon nos propres évaluations (et 90.000 dans les rangs irakiens)". (Hebdomadaire français Nouvel observateur).
Margaret Thatcher, Premier ministre de Grande-Bretagne : "Nous croyons que des troupes supplémentaires sont nécessaires".
James Baker, secrétaire d'Etat américain, incite les Américains à la "patience". Et d'ajouter : "Quelle que soit la structure adoptée pour cette alliance, cette organisation devra tenir compte des réalités régionales dans le Golfe". Selon lui, la crise du Golfe durera très longtemps.
Georges Marchais, homme politique français : "Toute provocation est possible dans le Golfe de la part des Etats-Unis qui, incontestablement, veulent s’installer dans la région pour dominer le pétrole, sa distribution et son prix" (Radio française RMC).

 

Quotidien français Le Monde: "C’est parce que (...) le meilleur moyen d’éviter la guerre est encore d’imaginer le genre de paix qui pourrait la rendre inutile qu’il est urgent de donner autant d’importance aux scénarios de paix qu’aux scénarios de guerre".
Quotidien français Libération,à propos de l'embargo contre l'Irak : "Nous entrons donc désormais, sauf imprévisible accident, dans une logique de gel qu’il sera évidemment difficile de distinguer d’un long enlisement".
Quotidien français Le Figaro : "Officiellement, Georges Bush entendait bouter l’Irak hors du Koweït et rien d’autre. (...) Puis il est devenu évident que le président américain avait décidé en fait de casser le complexe militaro-industriel de l’Irak. Pour l’empêcher d’acquérir, un jour, la bombe atomique. Pour mettre Saddam Hussein hors d’état de nuire. Pour « pacifier » une région que le pétrole rend stratégique. Georges Bush s’est ainsi engagé à fond dans une partie dont il ne peut pas sortir vaincu. (...) La stratégie américaine consiste depuis le début de la crise à pousser Saddam Hussein à la faute pour mieux l’écraser".
Quotidien français La Tribune de l’Expansion : "Les opérateurs (les pétroliers) tentent de tirer partie de la flambée des prix dans un marché de plus en plus spéculatif. Ils ont été rejoints sur les marchés à terme pétroliers par une série d’intervenants financiers découragés par l’allure des Bourses mondiales".

Chronologie des événements - septembre 1990

Alors que l'ONU tente des médiations à Bagdad, l'Irak libère plusieurs centaines d'otages.
Partout dans le monde, l'opposition à Saddam Hussein grandit. L'URSS soutient les Américains et manoeuvre pour la paix.

USA et URSS s'unissent contre l'Irak. Les pays du Golfe mettent la main à la poche, la France lance l'opération Busiris aux Emirats Arabes Unis et le Sénégal se joint à la coalition internationale.
Pour contrer la coalition, l'Irak se trouve un allié : l'Iran.
A Koweït-City, l'armée irakienne pille les ambassades de France, du Canada, des Pays-Bas et de Belgique.En réponse, la France lance l'opération Daguet et le Canada envoie des avions de guerre en Arabie Saoudite...

Au Koweït, les ambassades ferment les unes après les autres. Les Koweïtiens franchissent par milliers la frontière koweïto-saoudienne réouverte.
Venus d'Egypte, d'Italie ou d'Argentine, les soldats débarquent par centaines en Arabie Saoudite.

Les hommes de Daguet partent pour le Golfe devant des dizaines de journalistes. De son côté, le Clem atteint les eaux saoudiennes.
Devant les Nations Unies, Mitterrand prêche la paix. L'Irak est satisfait, pas les Etats-Unis... Après maintes tergiversations, l'URSS renonce finalement à envoyer des troupes dans le Golfe.
Désormais, le baril de pétrole s'échange à 41 $ à la bourse de Tokyo. Un record !

 

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En vidéo


Renforcement de l'embargo contre l'Irak (24 minutes)
FR3 - Journal de 19h30 - 7 septembre 1990