jeudi 27 septembre 1990

 

Bagdad répond à l'embargo en menaçant l'Occident.
Bagdad répond à la dernière résolution de l'ONU en s’en prenant à ses "boucliers humains", les quelque 2 millions d’étrangers toujours retenus en Irak et au Koweït. Ils vont être les premiers à faire les frais de l’embargo aérien qui va étrangler un peu plus l’économie et aggraver les difficultés d’approvisionnement. Le ministère irakien de l’Information annonce qu’à partir du 1er octobre, ils ne seront plus autorisés à se procurer certains produits alimentaires rationnés et subventionnés (riz, farine, huile de cuisine, thé, féculents, sucre, lait pour enfants de moins d’un an, savon, poudre pour lessive), ni sur le marché libre, ni dans les magasins d’Etat. Selon certaines sources à Bagdad, Tarek Aziz, chef de la diplomatie irakienne, a informé début septembre le Comité international de la Croix-Rouge que son pays ne pourrait plus subvenir aux besoins alimentaires des ressortissants étrangers à partir du 1er octobre. A Genève, le CICR reconnaît que l’Irak l’avait averti de ses difficultés à assurer l’approvisionnement des étrangers, mais dément que la date limite du 1er octobre lui ait été précisée. On ignore si la mesure concerne également les otages placés sur des sites stratégiques et qui sont, selon Saddam Hussein, les "hôtes de l’Irak". Mais elle a été accueillie par un concert de protestations et de manifestations d’indignation dans l’ensemble des pays occidentaux qui y voient une nouvelle marque de "cruauté" et le porte-parole du Quai d’Orsay parle d’un "acte de barbarie intolérable". Il faut tout de même préciser que les étrangers ne vont pas être les seuls à souffrir de l’extension de l’embargo : le ministère du Commerce annonce également l’entrée en vigueur de nouvelles mesures de rationnement pour l’ensemble de la population irakienne. Autre sujet d’indignation dans les capitales occidentales : la "note de rappel" adressée aux ambassades à Bagdad et qui rappelle que l’hébergement clandestin d’étrangers est un crime passible de la peine de mort : "La résolution 341 du Conseil du commandement révolutionnaire en date du 26 août 1990, stipule que l’hébergement d’un étranger dans le but de le soustraire aux autorités (irakiennes) est un crime d’espionnage. La peine capitale sera infligée aux personnes qui commettent ce crime. Le ministère apprécierait que la mission l’informe de la présence d’un de ses citoyens ou d’un ressortissant de toute autre nation dans l’ambassade et dans vos résidences diplomatiques, que ces citoyens aient ou non des contrats avec le gouvernement (de cette mission) ou travaillent avec des compagnies étrangères opérant en Irak." Le département d’Etat américain fait aussitôt courir une interprétation dramatique de cette note en affirmant que l’Irak a l’intention de pendre les diplomates qui cacheraient des gens dans leurs ambassades ! Les agences de presse américaines ont commencé à écrire des romans sur les diplomates américains menacés de pendaison, entraînant des condamnations en chaîne de tout l'Occident. Le porte-parole du Quai d’Orsay qualifie d’"intolérables" les menaces pouvant peser sur les ressortissants américains. Les Britanniques choisissent le mot "abject", James Baker le qualificatif "répugnant"... Dans l’après-midi, Saddam Hussein mettra un terme à cette menace...

URSS et CEE font une déclaration commune.
L’URSS et la CEE ont adopté hier à New-York une déclaration commune (dont le principe avait été proposé par Moscou) dans laquelle les Douze et l’URSS appellent l’Irak à se conformer strictement aux résolutions de l’ONU, notamment à retirer ses forces du Koweït. Les 2 parties se sont également "déclarées prêtes à prendre en considération d’autres mesures en accord avec la Charte de l’ONU". Se félicitant du "haut degré de consensus parmi tous les membres du Conseil de sécurité de l’ONU et de l’ensemble de la communauté mondiale concernant la nécessité de mettre un terme dès que possible à l’invasion et celle de restaurer la légalité internationale", l’URSS et la CEE "croient qu’un tel consensus a besoin d’être préservé afin de parvenir à une solution politique à la crise". La déclaration conjointe demande à Bagdad "d’autoriser immédiatement le départ de tous les étrangers" qui le désirent, de l’Irak et du Koweït. Les 2 parties ont réaffirmé leur disponibilité pour travailler avec les pays de cette région afin "d’établir une structure globale et en formulant à cette fin des règles capables de promouvoir la paix, la tolérance, la stabilité, la coopération économique et le développement". Ce texte a été rendu public après une rencontre à la résidence soviétique entre Edouard Chevardnadzé, ministre soviétique des Affaires étrangères, et son homologue italien Gianni de Michelis, président actuel de la CEE. Par ailleurs, James Baker, secrétaire d’Etat américain, et Chevardnadzé qui se sont rencontrés une nouvelle fois à propos du dossier du désarmement, ont également discuté des conflits régionaux. Mais, "faute de temps", ils ont décidé de se revoir à New-York, où une seule rencontre bilatérale était prévue auparavant. "Il y a eu des progrès sur un bon nombre de questions et pour les conduire à terme, il faudra nous revoir", a déclaré le chef de la diplomatie soviétique.

Le plan de paix de Jacques Chirac.
Le maire de Paris demande, lors des journées parlementaires de son parti, à Carcassonne, un débat "d’urgence" au Parlement sur la crise du Golfe pour que le gouvernement dise si la France est "toujours dans une logique de blocus" ou "dans une logique d’intervention militaire". Se prononçant pour la 1ère, il propose 3 étapes pour une solution diplomatique : l’évacuation du Koweït par l’Irak et la libération des otages ; la négociation entre l’Irak et le Koweït sous l’égide des pays arabes et l’ONU pour "régler les modalités de retour à l’indépendance du Koweït" et "le contentieux entre l’Irak, le Koweït et les pays arabes producteurs de pétrole", "une conférence internationale destinée à conforter la paix et la stabilité au Moyen-Orient". Le maire de Paris affirme que, "sans oublier les exigences de la solidarité avec ses alliés européens et américains", la France "doit être en mesure de décider de son action" dans cette région, "sans se laisser entraîner dans un processus qui pourrait comporter pour elle de graves conséquences dans l’avenir".

Le Maghreb cherche une solution pacifique à la crise.
Au milieu des menaces, des représailles et des bruits de bottes, quelques pays poursuivent leurs tentatives de trouver une solution pacifique. C’est le cas notamment de l’Algérie, du Maroc et de la Jordanie dont les chefs d’Etat ont tenu la semaine dernière une réunion à Rabat. Ils attendent du président irakien un message écrit en réponse à celui qu’ils lui ont envoyé et par lequel ils lui demandent de s’engager à se retirer du Koweït. Si cet engagement était obtenu, un "comité des Sages" sera alors créé dans le but d’élaborer une formule arabe apte à obtenir un soutien international et à régler la crise du Golfe. Un plan à rapprocher de celui ébauché par François Mitterrand dans son discours à l’ONU. Le ministre français des Affaires étrangères s’est d’ailleurs entretenu à 2 reprises mercredi à New York avec son homologue algérien. A noter que la direction de l’OLP, également partie prenante dans les tentatives arabes d’élaborer un "plan de paix", a accueilli "favorablement" les propositions avancées par François Mitterrand.

En bref :
   

Le département d’Etat américain annonce que 7 Américains de plus ont été arrêtés et emmenés par les forces irakiennes sur des "sites stratégiques", ce qui porte à au moins 100 le nombre de "boucliers humains" américains. L’Irak refuse toujours de fournir à Washington la liste des Américains ainsi déplacés.

La BBC, qui a annoncé le déclenchement des hostilités dans le Golfe, crée une panique boursière à Tokyo qui se conclut par une très forte baisse de l’indice Nikkeï. Celui-ci chute en effet de 1.100 points, atteignant son plus bas niveau depuis 3,5 ans. Depuis son plus haut niveau historique atteint en décembre 1989, l’indice Nikkeï a perdu 46%.

La Turquie se prépare à la guerre : les effectifs des troupes massées aux frontières sont renforcés et Ankara commence à recevoir 50.000 tenues anti-gaz provenant des stocks de l’armée de terre des Pays-Bas.

Jelio Jelev, président bulgare, indique que son pays est prêt à envoyer un contingent militaire dans le Golfe. Il est rapidement suivi par la Pologne.

Une unité de l’armée canadienne part en reconnaissance avant l’installation éventuelle d’une base au Qatar pour une escadrille de chasseurs.

C'est le 4ème incident depuis l’instauration du blocus. Un bâtiment de la marine américaine navigant dans la Mer Rouge a tiré des coups de semonce contre un petit pétrolier irakien qui refusait de s’arrêter.

Ils ont dit :
 
Attentats :

Ali Bozer, ministre turc des Affaires étrangères, au siège de l'ONU : "La Turquie espère que la crise ne dégénérera pas en conflit armé et souhaite que les leçons en soient tirées, notamment en matière de prolifération des armements".
Ahmed Ben Bella, ancien président algérien, appelle les Algériens à se porter volontaires par milliers pour défendre l’Irak et "Saddam l’intrépide".

 

Lu dans la presse :

Quotidien français L'Humanité: "L’intervention massive de la France au Moyen-Orient coûte beaucoup plus cher que prévu. Les chiffres sont actuellement revus en hausse et pourraient être largement supérieurs au 1,5 milliard de francs dont on parle dans les couloirs du ministère".

 

Djibouti : Les militaires français sont visés dans cet attentat qui endommage un café du centre et qui fait 2 morts, dont un enfant de 9 ans, fils d'un sous-officier, et 17 blessés, dont 4 graves. Aux terrasses du Café de Paris et de l'Historil viennent se détendre chaque soir les membres de la communauté française, surtout des militaires. Vers 23h, 4 individus descendus d'un taxi volé ont lancé des grenades de fabrication soviétique, provoquant une violente déflagration. 2 ont explosé devant le Café de Paris, une 3ème a été retrouvée 100 m plus loin, devant la terrasse de l'Historil (déjà visé le 18 mars 1987). L'un des blessés, qui essayait de poursuivre les agresseurs, a essuyé des coups de feu tirés d'un pistolet automatique. Le geste n'a pas été revendiqué, mais les autorités locales privilégient la piste irakienne.
Bruxelles : L’ambassade des USA annonce qu’une agression a été commise mardi contre le domicile du général de l’US Air Force John W. Douglass, représentant adjoint des USA auprès du comité militaire de l’OTAN. L’officier était absent au moment de cette tentative de meurtre ou d’enlèvement. Hier, Morris Busby, haut responsable américain, a longuement exposé aux membres de l’OTAN les risques d’actes terroristes liés à la crise du Golfe.

Chronologie des événements - septembre 1990

Alors que l'ONU tente des médiations à Bagdad, l'Irak libère plusieurs centaines d'otages.
Partout dans le monde, l'opposition à Saddam Hussein grandit. L'URSS soutient les Américains et manoeuvre pour la paix.

USA et URSS s'unissent contre l'Irak. Les pays du Golfe mettent la main à la poche, la France lance l'opération Busiris aux Emirats Arabes Unis et le Sénégal se joint à la coalition internationale.
Pour contrer la coalition, l'Irak se trouve un allié : l'Iran.
A Koweït-City, l'armée irakienne pille les ambassades de France, du Canada, des Pays-Bas et de Belgique.En réponse, la France lance l'opération Daguet et le Canada envoie des avions de guerre en Arabie Saoudite...

Au Koweït, les ambassades ferment les unes après les autres. Les Koweïtiens franchissent par milliers la frontière koweïto-saoudienne réouverte.
Venus d'Egypte, d'Italie ou d'Argentine, les soldats débarquent par centaines en Arabie Saoudite.

Les hommes de Daguet partent pour le Golfe devant des dizaines de journalistes. De son côté, le Clem atteint les eaux saoudiennes.
Devant les Nations Unies, Mitterrand prêche la paix. L'Irak est satisfait, pas les Etats-Unis... Après maintes tergiversations, l'URSS renonce finalement à envoyer des troupes dans le Golfe.
Désormais, le baril de pétrole s'échange à 41 $ à la bourse de Tokyo. Un record !

 

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L'Irak menace les Occidentaux (26 minutes)
FR3 - Journal de 19h30 - 27 septembre 1990