dimanche 23 septembre 1990

 

Départ de Toulon des premières unités de l'opération Daguet.
Des centaines de camions, de Jeep, de blindés, des tonnes de matériel et plusieurs milliers de soldats s'embarquent à bord des car-ferries civils Corse, Esterel, Ile de la Réunion et Girolata, tandis que 200 véhicules font le chemin inverse, pour être repeints à Lyon aux couleurs du désert. Plus de 600 véhicules ont déjà été repeints en l'espace de 2 jours. Le 1er régiment de spahis stationné à Valence a été mis en alerte dès le 14 septembre. Le 1er escadron, en poste à Mayotte, le 2ème escadron, en stage commando à Givet, et le PDAA (Peloton de Défense Anti-Aérienne), en prestation musicale à Châteaudun, sont rappelés. 2 escadrons du 1er régiment étranger de cavalerie partent avec les spahis. Côté infanterie, c'est le 2ème régiment de la Légion étrangère qui embarque. La plupart était tout juste de retour de Guyane ou du Gabon. De son côté, le chef d'état-major des armées, le général Maurice Schmitt, précise qu'en Arabie, "les Américains sont à l'Est du dispositif et les Français à l'Ouest". Il ajoute que, si une guerre devait éclater, elle serait courte mais meurtrière. Tout en inspectant les troupes françaises en partance pour l’Arabie saoudite, où elles devraient arriver dans une huitaine de jour, Schmitt affirme que la coordination des forces en Arabie Saoudite est "arbitrée par le général Khaled ben Sultan", commandant en chef des forces arabes et islamiques communes. Il estime "légitime" que les Saoudiens aient un "droit de regard" sur les troupes basées sur leur territoire. Interrogé sur les moyens de sauver la vie des otages en cas d’attaque contre les sites stratégiques irakiens, le général Schmitt affirme : "nous avons étudié des procédés en liaison avec les Américains, qui ont la force aérienne la plus importante dans cette zone. Nous ferons tout pour épargner au maximum la vie des otages".

L'Irak menace les Etats-Unis.
Le président irakien Saddam Hussein lance une sévère mise en garde aux USA, les avertissant que toute tentative de mener contre l’Irak cette "guerre-éclair" dont parlent les stratèges de Washington. Une attaque contre l’Irak, dit-il après une nouvelle réunion conjointe du Conseil de la Révolution et de la direction du parti Baas, provoquerait un "déluge qui emporterait également l’Arabie saoudite et Israël". "Si nous sentons que le peuple irakien étouffe et que quelqu’un veut lui asséner un coup sanglant, nous ferons en sorte que tous les instigateurs étouffent en même temps", indique le communiqué publié à l’issue de la réunion. "Les Etats-Unis doivent prendre conscience de la gravité des conséquences de ce qu’on appelle une guerre-éclair (..) car ce faisant, ils ne poussent pas seulement l’Irak mais également la région, voire le monde entier ainsi que leurs troupes, vers le gouffre". Des risques qui n’empêchent pas les USA et leurs alliés, dont la France, de continuer à y envoyer des troupes.

L'armement irakien "made in France" selon Der Spiegel.
Dans son numéro de cette semaine, l’hebdomadaire allemand Der Spiegel révèle que la France est, depuis les années 60, la source d’approvisionnement en armes la plus importante de l’Irak et publie la liste des principales livraisons. Le groupe Dassault arrive en tête avec 328 Mirage vendus. L’Aérospatiale a livré 121 hélicoptères de combat Puma, Gazelle et Super Frelon, ainsi que 59 hélicoptères SA-316 Alouette-3, 4.248 missiles air-sol dont 1.028 Exocet. Le groupe Matra a livré 3.000 missiles dont 1.798 de type Magic et 600 missiles antiradar Armat, 100 missiles Crotale et un lance-fusées antichars Apilas. En ce qui concerne l’équipement terrestre, l’entreprise publique Giat a fourni 548 chars de combat AMX-30, 150 chars de défense AMX-10 et 85 blindés de type AMX-155-GCT. La firme Panhard a complété cet arsenal avec 187 blindés AML-60 et AML-90, 143 blindés de défense et 100 véhicules blindés VCR équipés du lanceur de missiles de défense franco-allemand Hot. Euromissile, qui appartient pour moitié à l’Etat français et à la firme ouest-allemande MBB, a livré les missiles les plus modernes : 4.450 Milan, 5.000 de type Hot et 166 lanceurs, ainsi que 136 lanceurs Roland et 1.050 missiles de ce système. 8 autres autreprises françaises, dont le groupe public Thomson-CSF et Thomson-Brandt Armement, ont effectué des livraisons d’armes à l’Irak. Technicatome a fait 140 livraisons d’uranium enrichi et la firme chimique Protec de Riedisheim, près de Mulhouse, sous-traitant pour des firmes ouest-allemandes, a contribué illégalement à la construction de l’usine chimique irakienne de Samarra, au nord-ouest de Bagdad.

Le Clemenceau arrive en Arabie Saoudite.
Le porte-avions français Clemenceau, transformé en porte-hélicoptères, arrive à 60 km à peine des côtes saoudiennes. Vers 15h30, 5 Gazelle et un Puma du 5ème RHC décollent. Après un survol des récifs coraliens de la Mer Rouge, ils atterrissent sur l'aéroport de Yanbu, en Arabie. Ils seront 48 à se poser dans les heures qui suivent. Le port de Yanbu n'est qu'une étape pour les pilotes du colonel Ladevèze. Les hélicoptères français doivent être déployés dans le Nord-Est, près de la ville saoudienne de Haffar-al-Batin, à 50 km de la frontière irakienne.

En bref :
   

D'après les services de renseignement occidentaux, la présence militaire irakienne au Koweït s'éléverait à plus de 350.000 hommes.

L'URSS, qui avoue avoir eu jusqu'à 8.000 experts militaires et civils en Irak, où demeurent encore 5.000 citoyens soviétiques, dont 90 spécialistes militaires, a proposé à la CIA de lui communiquer des renseignements. Les services secrets américains n'ont pas répondu officiellement à cette offre...

Devant la situation s’aggravant dans le Golfe Persique, l’Union des Femmes Françaises lance un appel aux femmes "pour tout faire pour préserver la paix". Elles demandent qu’une solution pacifique soit trouvée et que la France s’engage à tout faire pour rechercher toutes les possibilités de paix.

L’Egypte envoie de nouveaux renforts en Arabie Saoudite pour soutenir les 8.000 hommes de la 3ème division blindée qui y sont déjà déployés.

A Doha (Qatar), Jean-Pierre Chevènement, ministre français de la Défense, est reçu en audience par l’émir cheikh Khalifa. Il doit ensuite se rendre à Abou Dhabi (Emirats Arabes Unis) où la France a déployé un détachement de défense anti-aérienne Crotale et un escadron de reconnaissance du 1er RHP.

A Istanbul (Turquie), une importante manifestation s’est déroulée contre les menaces de guerre dans le Golfe. Les policiers ont tiré en l’air. Selon un sondage publié la semaine dernière, 2/3 des Turcs sont opposés à une guerre contre l’Irak.

Tarek Aziz, ministre irakien des Affaires étrangères, annonce qu’il ne pourra pas participer à l’Assemblée générale de l’ONU, les USA ayant interdit à son avion de se poser à New York. Il doit rencontrer Javier Perez de Cuellar, secrétaire général de l’ONU, dans les prochains jours en un lieu non précisé.

Ils ont dit :
   

Jean-Pierre Chevènement, ministre français de la Défense , qualifie de "prématurée" l’information selon laquelle les troupes françaises seraient déployées "en première ligne", précisant seulement que ces forces "auront un rôle dissuasif et défensif" et que leur déploiement "se fera en coordination avec nos alliés et en étroite coopération avec le commandement saoudien" (Radio française Europe 1).

 

 

Chronologie des événements - septembre 1990

Alors que l'ONU tente des médiations à Bagdad, l'Irak libère plusieurs centaines d'otages.
Partout dans le monde, l'opposition à Saddam Hussein grandit. L'URSS soutient les Américains et manoeuvre pour la paix.

USA et URSS s'unissent contre l'Irak. Les pays du Golfe mettent la main à la poche, la France lance l'opération Busiris aux Emirats Arabes Unis et le Sénégal se joint à la coalition internationale.
Pour contrer la coalition, l'Irak se trouve un allié : l'Iran.
A Koweït-City, l'armée irakienne pille les ambassades de France, du Canada, des Pays-Bas et de Belgique.En réponse, la France lance l'opération Daguet et le Canada envoie des avions de guerre en Arabie Saoudite...

Au Koweït, les ambassades ferment les unes après les autres. Les Koweïtiens franchissent par milliers la frontière koweïto-saoudienne réouverte.
Venus d'Egypte, d'Italie ou d'Argentine, les soldats débarquent par centaines en Arabie Saoudite.

Les hommes de Daguet partent pour le Golfe devant des dizaines de journalistes. De son côté, le Clem atteint les eaux saoudiennes.
Devant les Nations Unies, Mitterrand prêche la paix. L'Irak est satisfait, pas les Etats-Unis... Après maintes tergiversations, l'URSS renonce finalement à envoyer des troupes dans le Golfe.
Désormais, le baril de pétrole s'échange à 41 $ à la bourse de Tokyo. Un record !

 

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En vidéo


La crise du Golfe (23 minutes)
FR3 - Journal de 19h30 - 23 septembre 1990


Saddam Hussein menace (4 minutes)
RTBF1 - Télévision belge (extrait) - 23 septembre 1990