mercredi 5 septembre 1990

 

James Baker souhaite créer une OTAN arabe.
Les USA envisagent de former une alliance politico-militaire permanente dans le Golfe, sur le modèle de l’OTAN, pour contenir l’expansionnisme de l’Irak, même si Bagdad se retirait du Koweit. C'est ce qu'annonce en substance le secrétaire d’Etat américain James Baker qui précise devant la Commision des Affaires étrangères de la Chambre des représentants : "Je crois que nous devons examiner comment créer, avec d’autres, une nouvelle stucture de sécurité dans la région". "Nous devrions certainement jouer un rôle, poursuit le chef de la diplomatie américaine, et il y aurait donc une précence continue là-bas (...) avec une importante participation arabe". Baker s’est référé à la stratégie de Washington au plus fort de la guerre froide, poursuivant : "Ca a marché en Europe. L’URSS a des armes nucléaires depuis longtemps, en remontant à Staline, et nous avons développé une structure de sécurité régionale qui a marché. Je ne doute pas une minute que nous puissions faire la même chose dans ces cas-ci". L’agence irakienne INA, qui ne partage pas cet avis, appelle "les Arabes, les musulmans et les hommes intègres du monde entier à faire échec à ce complot", accusant de complicité "ceux qui l’appuient, notamment le roi Fahd d’Arabie et le président égyptien Hosni Moubarak". Il s’agit, poursuit INA, d’ "occuper les Lieux Saints des Arabes et des musulmans et (de) contrôler totalement le pétrole arabe pour une longue durée". La semaine dernière, Margaret Thatcher estimait que l’OTAN devait se préparer à assumer un rôle plus étendu, et "assurer une défense hors de sa zone". Le Premier ministre britannique, qui semble vouloir sa part du gâteau pas le biais de l’OTAN, a posé la candidature de Londres comme 2ème "gendarme du monde". Lui emboîtant le pas, le président du Conseil de l’Atlantique nord, Patrick Duffy, a prôné une révision de la charte de l’Alliance atlantique, datant de 1949, qui interdit à l’organisation d’intervenir hors du territoire des pays membres. Cependant, les jusqu’auboutistes rappellent complaisamment que la Turquie, membre de l’OTAN, a une frontière commune avec l’Irak.

Discours de Saddam Hussein sur Radio-Bagdad : il faut libérer les Lieux Saints.
Saddam Hussein s’adresse une nouvelle fois, par présentateur de télé interposé, à la "nation arabe". Se déclarant acculé à la guerre pour "libérer" les Lieux Saints de l’Islam, le président irakien exhorte les musulmans et les Arabes hors d’Irak à l’aider dans son combat "pour sauver l’humanité des puissances injustes". "Plus de 5 millions d’Irakiens sont prêts au combat et les Etats-Unis et leurs alliés devront déployer 12 millions de combattants pour leur faire face", déclare-t-il précisant que la puissance aérienne américaine à elle seule "ne sera pas déterminante pour décider du sort des armes". Saddam Hussein accuse le président égyptien Hosni Moubarak d’être corrompu et qualifie de "traîtres" les dirigeants saoudiens qui, affirme-t-il, ont autorisé la présence d’infidèles dans les Lieux Saints de l’Islam. Il souligne que le cliquetis des armes où leur utilisation ne feraient que renforcer sa détermination car "nous ne saurions être tranquilles avant que le dernier soldat étranger ne quitte de gré ou de force la région".

Libération d'otages occidentaux.
La nuit dernière, un avion de la Luftwaffe se posait à Francfort avec, à son bord, une centaine d'anciens otages de 14 nationalités différentes, mais une majorité d'Ouest-Allemands. Quelques heures plus tard, c'est à Londres que se posait un avion de Virgin Atlantic, avec 92 anciens otages. Ce soir, un Airbus affrété par Air France se pose sur l’aéroport d’Amman, en Jordanie. A son bord, 105 étrangers, des femmes et des enfants, parmi lesquels 63 Français, 23 Britanniques, 10 Américains et 9 Grecs. Peu après, le ministère français des Affaires étrangères indique qu’un vol spécial à destination de Paris a quitté la capitale jordanienne, ramenant une centaine d'anciens otages français. Le Premier ministre français Michel Roccard, en visite en Amérique du Sud, déclare qu’il ne faut pas céder au chantage de Saddam Hussein. A Paris, le ministère des Affaires étrangères annonce que Georgina Dufoix, présidente de la Croix Rouge française et ancien ministre, a été chargée par le gouvernement de mettre en place en Jordanie un dispositif de rapatriement. Edith Cresson, ministre des Affaires européennes demande de son côté que les familles retenues en territoire irakien et au Koweit puissent bénéficier du fonds de garantie prévu pour l’aide aux victimes d’attentats. Comme pour ne pas être en reste, un député réclame auprès du Quai d’Orsay des mesures pécuniaires en faveur des otages retenus en Irak.

Le Japon augmente sa participation à la coalition anti-irakienne.
Sollicité la semaine dernière par Washington "pour une intervention plus efficace", le gouvernement japonais fait "un premier geste concret", dans son programme d’aide à l’embargo de l’Irak. Tokyo annonce en effet l’envoi imminent de 800 véhicules tout terrain, à la force multinationale dans le Golfe. Ils seront acheminés par bateaux sous pavillon panaméen, mais qui appartiennent, en fait, à la compagnie nipponne Kawasaki Kisen Kaisha. Ce programme a reçu un accueil mitigé, particulièrement aux USA où, selon l’AFP, "on s’attendait à ce que le Japon fasse plus, notamment en matière de transport de personnel et de matériel militaire". D’après le porte-parole du gouvernement japonais, Misoji Sakamato, Tokyo étudierait le moyen de modifier la Constitution du pays, afin de pouvoir envoyer des troupes dans le Golfe.

Le sort des Koweïtiens en exil et au Koweït occupé.
Les réfugiés Koweïtiens en Arabie Saoudite sont au moins 160.000 dont près de la moitié le long du Golfe, dans l’est du pays. Dans la grande agglomération qui constitue les villes de Darhan, Damman et El Khorba, face à l’île de Bahrein, ils tentent de s’organiser pour vivre le moins mal possible leur exil. Selon Zaim Al Rifaï, l’un des responsables locaux du "Comité pour le Koweït libre" fondé voici une dizaine de jours à l’instigation du gouvernement du Koweït, le gouvernement koweïtien en exil à Taëf envisage de donner à chaque famille une indemnité. Actuellement, les comités pourvoient aux besoins grâce aux fonds qu’ils reçoivent du gouvernement et aux dons privés. Les familles dressent des listes de ce qui leur manque, (vêtements, livres, médicaments...), et les donnent aux comités. Al Rifaï explique que les fonds Koweïtiens à l’étranger jusqu’ici bloqués à la demande de la famille royale, sont peu à peu débloqués selon les besoins du gouvernement. Ils s’élèvent à près de 120 milliards de dollars judicieusement placés qui fournissent un revenu tout à fait appréciable. La Koweït Investissement Compagny, organisme d’Etat chargé du placement des fonds Koweïtiens vient d’installer ses bureaux en Suisse où elle poursuit ses activités. De plus, les contrats de fournitures de pétrole passés par la compagnie nationale Koweïtienne avec des sociétés européennes sont en partie honorés par l’Arabie Saoudite qui avance ainsi du pétrole à son voisin. Le gouvernement Koweïtien a annoncé que, grâce à tout cela, il allait pouvoir indemniser les résidents étrangers qui ont perdu leurs biens au Koweït. Déjà, au Koweït occupé, une résistance s’organise. La nuit, des Koweïtiens changeaient les noms des rues, les numéros des maisons, pour égarer les Irakiens. D’autres ont attaqué les stations de police, les patrouilles. Les résistants ont différentes manières de se procurer des armes. Certains en avaient chez eux, d’autres en ont pris dans les commissariats désertés les premiers jours.

Rencontre Mikhaïl Gorbatchev - Tarek Aziz.
A Moscou, Mikhaïl Gorbatchev reçoit Tarek Aziz. Annonçant la visite inopinée du chef de la diplomatie irakienne, l’agence Tass indique que le Kremlin tenait à "une utilisation maximale des moyens politiques" pour trouver un règlement à la crise du Golfe et maintient, dans ce but, ses contacts avec Bagdad. Tass rappelle également la visite d’un vice-premier ministre irakien, le mois dernier, pour déplorer que ces contacts n’ont pas encore donné les résultats escomptés, puisque l’Irak maintient ses troupes au Koweit et se refuse à rétablir la pleine souveraineté de ce pays. Il est évident que les entretiens Gorbatchev - Aziz se situent dans le cadre de la préparation du sommet USA - URSS d’Helsinki. On annonce également à Moscou la prochaine visite du roi Hussein de Jordanie sans qu’il soit indiqué si elle aura lieu avant ou après la rencontre Bush - Gorbatchev prévue dans 4 jours. Le Kremlin avait affirmé, dès le mois d’août, sa volonté d’utiliser ses relations avec Bagdad et d’autres capitales arabes pour essayer de trouver une issue politique à la crise. Approuvant les mesures de rétorsions prises par l’ONU et solidaire, de ce fait, du blocus international, Moscou n’en tente pas moins une difficile médiation. On espère, dans la capitale soviétique, que les entretiens avec le ministre des Affaires étrangères de Saddam Hussein et les contacts diplomatiques qui se poursuivront permettront à Gorbatchev et Bush d’adopter, en fin de semaine, une position commune écartant tout danger de guerre. Mais Tass, qui informe largement de la situation au Proche-Orient et notamment des exactions commises par les Irakiens au Koweit, rappelle - se faisant l’écho de la direction soviétique - que le droit international ne saurait être bafoué et que Bagdad doit retirer ses troupes de l’émirat. Si la crise du Golfe doit occuper l’essentiel du temps des présidents des USA et de l’URSS, lors de leur rencontre, selon le porte-parole du Kremlin, les 2 hommes se pencheront également sur d’autres dossiers. La négociations sur la réduction des armements nucléaires stratégiques et l’achèvement des pourparlers sur la réunification allemande, seront également à l’ordre du jour.

En bref :
   

Le ministre français de la Défense, Jean-Pierre Chevènement, effectue aujourd'hui et demain une tournée au Proche-Orient. Après l'Egypte et le Qatar, c'est au tour des Emirats Arabes Unis de recevoir le chef des armées françaises.

Miles Hoffman, un otage américain, est blessé par balles au bras alors qu'il tentait d'échapper aux soldats irakiens venus l'arrêter à son domicile.

L’Iran annonce qu’il n’augmentera pas sa production pétrolière malgré l’appel lancé par l’Arabie Saoudite "pour stabiliser le marché".

Ils ont dit :
 
Lu dans la presse :

Richard Gephardt, président de la majorité démocrate à la Chambre des représentants : "Il nous faut une aide accrue. Nous avons tout particulièrement besoin d’un appoint de troupes terrestres de nos alliés." Après avoir "salué" l’envoi de la flotte française et de navires britanniques au Moyen-Orient, il ajoute : "Nous voudrions que (ces 2 pays) envoient également des troupes terrestres aux côtés des nôtres."
Gérard Trésanini, directeur général de Total Raffinage Distribution : "Nous avons peut être été trop loin dans notre programme de réduction des capacités de raffinage" (Quotidien français Les Echos).
Thomas Foley, président américain de la Chambre des représentants : "Il n’est pas possible qu’une seule industrie puisse influencer la politique internationale des Etats-Unis. D’ailleurs, les commissions du Congrès vont surveiller de près les compagnies pétrolières et s’assurer qu’elles ne se servent pas du marché pétrolier actuel pour augmenter le prix des carburants".
Binyiamin Nethaniyahou, vice-ministre israélien des Affaires étrangères : "Toute tentative de lier la crise du Golfe au conflit israélo-arabe déforme la réalité et fait le jeu de Saddam Hussein".
James Baker, secrétaire d’Etat américain, au Congrès américain : "Dans un pays comme le nôtre où nous avons un PNB de 5.000 milliards de dollars, 6 milliards de dollars (coût de la présence américaine dans le Golfe), ce n’est pas grand chose."
Colonel Washbi Abdou, de l'armée égyptienne : "Nous sommes ici pour défendre les Lieux Saints de l’Islam" (Quotidien français L'Humanité).
Marlin Fitzwater, porte-parole de la Maison Blanche : "Un nouvel ordre international est en construction à Helsinki, le travail de fondation va commencer dimanche", soulignant que l'entretien Bush - Gorby sera "le moment pour les 2 Grands d’évaluer les intérêts des super-puissances et de porter un jugement sur la période de l’après guerre froide".

 

Quotidien français Quotidien de Paris : "La crise du Golfe prive l’Europe d’importantes quantités de produits raffinés".
Quotidien soviétique La Pravda : Les positions des 2 parties "peuvent diverger à certains égards". L'URSS ne soutient pas l’agression de l’Irak contre le Koweït. "Nous sommes en faveur d’un règlement politique du conflit. Notre position est sincère et repose sur des principes".

Chronologie des événements - septembre 1990

Alors que l'ONU tente des médiations à Bagdad, l'Irak libère plusieurs centaines d'otages.
Partout dans le monde, l'opposition à Saddam Hussein grandit. L'URSS soutient les Américains et manoeuvre pour la paix.

USA et URSS s'unissent contre l'Irak. Les pays du Golfe mettent la main à la poche, la France lance l'opération Busiris aux Emirats Arabes Unis et le Sénégal se joint à la coalition internationale.
Pour contrer la coalition, l'Irak se trouve un allié : l'Iran.
A Koweït-City, l'armée irakienne pille les ambassades de France, du Canada, des Pays-Bas et de Belgique.En réponse, la France lance l'opération Daguet et le Canada envoie des avions de guerre en Arabie Saoudite...

Au Koweït, les ambassades ferment les unes après les autres. Les Koweïtiens franchissent par milliers la frontière koweïto-saoudienne réouverte.
Venus d'Egypte, d'Italie ou d'Argentine, les soldats débarquent par centaines en Arabie Saoudite.

Les hommes de Daguet partent pour le Golfe devant des dizaines de journalistes. De son côté, le Clem atteint les eaux saoudiennes.
Devant les Nations Unies, Mitterrand prêche la paix. L'Irak est satisfait, pas les Etats-Unis... Après maintes tergiversations, l'URSS renonce finalement à envoyer des troupes dans le Golfe.
Désormais, le baril de pétrole s'échange à 41 $ à la bourse de Tokyo. Un record !

 

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Libération de 100 otages français (26 minutes)
FR3 - Journal de 19h30 - 5 septembre 1990