mercredi 10 octobre 1990

L'affaire des couveuses

Interview de Helmut Kohl dans Sueddeutsche Zeitung : il faut envoyer des troupes allemandes dans le Golfe.
Le Chancelier allemand, estimant que "le temps presse", lance un appel en faveur de la levée des obstacles constitutionnels empêchant l’envoi de troupes allemandes dans des zones de tension, notamment dans le Golfe. Dans une interview à paraître demain dans un quotidien allemand, le Chancelier soulignant que "l’Allemagne unie a un poids plus important" estime que pour sa "stature morale", il est impensable qu’elle apparaisse, d’un côté, comme un "champion du monde de l’exportation" et, de l’autre qu’elle se dérobe devant ses responsabilités internationales. "Hors des frontières allemandes, nous ne pouvons convaincre personne que nous avons les mains liées par notre Constitution" regrette-t-il. Il appelle donc à une révision constitutionnelle dès la prochaine législature, afin de permettre "l’envoi de troupes allemandes dans le cadre de mission de paix des Nations unies".

Propagande en Occident : les couveuses du Koweït.
L'affaire des couveuses au Koweït a débuté le 10 octobre 1990, lors de l'invasion du Koweït par les armées de Saddam Hussein et était une campagne de désinformation destinée à justifier l'entrée en guerre des puissances occidentales contre l'Irak auprès de l'opinion publique américaine. 
Une jeune femme témoigne, les larmes au yeux, devant le Congrès américain. L'événement est retransmis rapidement par les télévisions du monde entier : "Monsieur le président, messieurs les membres de ce comité, je m'appelle Nayirah et je reviens du Koweit. Ma mère et moi étions au Koweit le 2 août pour passer de paisibles vacances. Ma sœur aînée avait accouché le 29 juillet et nous voulions passer quelque temps au Koweit auprès d'elle. [...] Pendant que j'étais là, j'ai vu les soldats irakiens entrer dans l'hôpital avec leurs armes. Ils ont tiré sur les bébés des couveuses, ils ont pris les couveuses et ont laissé mourir les bébés sur le sol froid. J'étais horrifiée. Je ne pouvais rien faire et je pensais à mon neveu qui était né prématuré et aurait pu mourir ce jour-là lui aussi. [...] Les Irakiens ont tout détruit au Koweit. Ils ont vidé les supermarchés, les pharmacies, les usines de matériel médical, ils ont cambriolé les maisons et torturé des voisins et des amis. J'ai vu un de mes amis après qu'il a été torturé par les Irakiens. Il a 22 ans mais on aurait dit un vieillard. Les Irakiens lui avaient plongé la tête dans un bassin, jusqu'à ce qu'il soit presque noyé. Ils lui ont arraché les ongles. Ils lui ont fait subir des chocs électriques sur les parties sensibles de son corps. Il a beaucoup de chance d'avoir survécu."
Ce témoignage a beaucoup ému l'opinion publique internationale et amena celle-ci à soutenir l'action des puissances occidentales contre les armées de Saddam Hussein lors de la guerre du Golfe. En fait, ce témoignage était entièrement faux. La jeune fille était la fille de l'ambassadeur du Koweït à Washington. L'association Citizens for a Free Kuwait, organisée par le gouvernement du Koweit exilé avait commandé cette campagne à la compagnie de relations publiques Hill & Knowlton (pour la somme de 10 millions de dollars). Il est surprenant que le congrès américain n'ait pas fait une enquête préalable sur l'identité de la jeune fille avant de la laisser "témoigner" devant leur assemblée. La machination a fonctionné grâce à l'intervention de Lauri Fitz-Pegado, qui a convaincu les députés que l'identité n'était pas révélée pour protéger la famille de la jeune femme. Lauri Fitz-Pegado avait travaillé pour le gouvernement auparavant, dans l'Agence de l'Information. Par ailleurs, le gouvernement américain aurait selon plusieurs sources payé 14 millions de dollars à cette compagnie pour l'avoir aidée à médiatiser la guerre du Golfe sous un jour favorable à l'intervention occidentale...

En bref :
   

Un chasseur-bombardier américain F-111 s'écrase dans le désert saoudien. Les 2 pilotes sont tués. Cet accident porte à 6 le nombre d'aviateurs américains tués depuis le début de l'opération Bouclier du Désert.

400 personnes manifestent à Nancy (France) contre la menace de guerre dans le Golfe.

 

Le silence du désert saoudien a été rompu ce matin en fanfare par un vibrant : "Goooooood Morning Saudi Arabia !" C'est ainsi que la Radio-Shield (Radio-Bouclier), 107 FM, destinée aux quelque 200.000 GI's stationnés dans le Golfe, a inauguré ses émissions. La station, installée sur une base militaire et diffusant 24h/24, espère combattre l'ennui des troupes.

Il a dit :
 
Attentat :

Bassam Abou Charif, conseiller du président de l’OLP Yasser Arafat : "Ce que nous attendons de la France - et des pays européens en général - est qu’elle discute de ce plan pour donner son avis, ajouter ou rectifier quelque chose, car l’autre option c’est une guerre destructrice et nous sommes certains que la France n’en veut pas" (Quotidien français L'Humanité).

 

Djibouti : La police arrête les 4 auteurs présumés de l'attentat anti-français du 27 septembre.

 

 

Chronologie des événements - octobre 1990

Les porte-avions américains arrivent dans le Golfe tandis que l'aviation française s'installe à Al-Ahsa. Le Japon n'enverra pas de forces en Arabie. Alors que plusieurs ambassades européennes de Koweït-City ferment leurs portes, François Mitterrand se rend en visite officielle dans le Golfe. L'inquiétude s'installe en Israël, les distributions de masques à gaz débutent.

Les otages occidentaux sont libérés au compte-gouttes. Les otages italiens entament une grève de la faim. Pour accélérer les libérations, les personnalités européennes et japonaises se bousculent à Bagdad.
La France lance l'opération Métaye au Qatar.

Coup de théâtre dans la crise des otages : Bagdad annonce la libération de tous les otages français au nom de "l'amitié franco-irakienne". Quant au sort des autres otages, l'inquiétude demeure...

 

 

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En vidéo


La crise du Golfe (26 minutes)
FR3 - Journal de 19h30 - 10 octobre 1990


L'affaire des couveuses du Koweït (2 minutes)