lundi 6 août 1990

L'Irak menace l'Occident. Le sort des Occidentaux retenus dans le Golfe inquiète.
"Les Etats qui auraient recours à des mesures de représailles contre le gouvernement du Koweït libre et contre l'Irak frère devront se rappeler qu'ils ont des intérêts et des ressortissants au Koweït." Le communiqué officiel fait également savoir que les autorités irakiennes ne permettront pas aux citoyens américains et britanniques de quitter le Koweït ou l'Irak. Les forces irakiennes se sont d'ailleurs emparées de 28 ressortissants américains dans divers hôtels et les ont fait monter dans des bus, avec des Britanniques, vers une destination inconnue. Parmi eux se trouvaient des passagers du vol de la British Airways faisant escale à Koweït-City le 2 août. Le 4 août déjà, 35 conseillers militaires britanniques au Koweït avaient été arrêtés et emmenés à Bagdad. Certains Occidentaux (américains, britanniques et ouest-allemands pour la plupart) sont rassemblés dans des endroits stratégiques, alors que 4 Suédois et un Finlandais ont été autorisés à quitter le Koweït. Selon l’ambassade des Philippines à Bagdad, des ouvriers philippins ont également été arrêtés (ils sont 45.000 au Koweit, 700 d’entre eux se sont réfugiés à leur ambassade). La France fait part de sa "vive préoccupation" en ce qui concerne ses ressortissants, dont 72 d'entre eux étaient des passagers du Boeing de British Airways... Joseph Wilson, chargé d'affaires américain à Bagdad, rencontre Saddam Hussein pour aborder ce point. Ce dernier, qui tente de le rassurer, le met en garde contre "tout agissement qui porterait atteinte à la stabilité et à la sécurité dans le Golfe". Le Raïs charge également le diplomate américain de transmettre un message à son président : l'Irak est en mesure d'assurer sa souveraineté et "sa disposition au sacrifice est à son plus haut niveau, en dépit de toutes les pressions et menaces". Cependant, le Raïs souhaite garder des "relations normales" avec les USA "sur la base d'un respect mutuel", tout en assurant qu'il ne souhaite pas envahier l'Arabie Saoudite. Le Koweït lui suffirait... Pour la diplomatie américaine, il est encore "prématuré de parler d'otages", mais Washington demande à tous les Occidentaux de quitter rapidement le Koweït et l'Irak. Dès que la situation le permettra...

L'ONU décrète un embargo économique contre l'Irak.
Réuni de toute urgence, le Conseil de sécurité de l'ONU vote par 13 voix pour et 2 abstentions (Cuba et le Yémen) un embargo contre l'Irak. La résolution est contraignante pour les 170 membres de l'ONU. Ils devront empêcher tout contact économique avec l'Irak et le Koweït jusqu'au retrait total des troupes irakiennes. A l'origine de cette résolution, un projet américain dont ont discuté pendant tout le week-end, dans les bureaux de la mission française à New York, les membres permanents du Conseil (USA, Chine, URSS, Grande-Bretagne et France). C'est la 3ème fois depuis sa création en 1945 que le Conseil de sécurité décide une telle résolution. La 1ère fois c'était en 1965 contre la Rhodésie. La 2ème en 1977 contre l'Afrique du Sud.

L'Irak ferme un oléoduc qui traverse la Turquie.
L’agence de presse turque Anatolie affirme que Bagdad a décidé de fermer hier, à partir de 17 h. locales, un des 2 pipe-lines traversant la Turquie vers le terminal pétrolier de Yumurtalik, près d’Adana, sur la Méditerranée. Mis en place en 1977 et 1984, les 2 voies, qui acheminent 75 millions de tonnes de brut irakien (la moitié des exportations de l’Irak) avaient fonctionné sans interruption durant la guerre avec l’Iran. L'Irak annonce la réduction de 30% du débit du second.

L'Arabie Saoudite s'allie aux Etats-Unis.
Accompagné d'une nuée d'experts du Pentagone, Dick Cheney, secrétaire américain à la Défense, arrive à Riyad pour y rencontrer le roi Fahd. L'armée américaine souhaite obtenir l'entière collaboration du royaume saoudien, mais surtout un accès aux pistes d'aviation et aux installations navales du royaume wahhabite. Pour cela, Cheney informe le roi d'Arabie de l'étendue des préparatifs militaires irakiens. Les dirigeants saoudiens prennent conscience de la fragilité de leur pays face à la puissance militaire irakienne, et donnent leur accord. Mais à une seule condition : les Américains ne doivent pas installer de bases militaires permanentes sur le territoire saoudien. En attendant, les Américains restent vagues sur leurs intentions. "Quand la nécessité se fera sentir, nous voulons avoir toutes les options disponibles", explique un haut responsable.

Les places financières s'effondrent.
La crise du Golfe déclenche l'effondrement de la plupart des places boursières internationales. La bourse de Tokyo chute de 3,1%. Elle est suivie quelque heures plus tard par les places financières asiatiques et notamment celle de Honk-Kong qui affichait une baisse de 7% à l'ouverture. La bourse de Paris, à l'image de New York (- 93 points), Londres ou Francfort, chutait de plus de 7% quelques heures avant la clôture des cotations. Elle a finalement perdu 5.1% en une seule journée. Quant au dollar, il est à son cours le plus bas depuis 7 ans : 5,28 F (0,80 €) !

L'Irak affirme se retirer du Koweït.
L’armée irakienne a organisé une grande parade, devant quelques correspondants de presse étrangers, afin de les convaincre de la réalité de la "première phase" du retrait des troupes d’invasion. Des camions chargés d’hommes, des chars ont notamment traversé le poste frontière irakien de Safwan. Mais à Tunis, l’ambassadeur du gouvernement légal du Koweit a affirmé que les chars montrés par la télévision irakienne étaient des Chieftain, de fabrication britannique, et donc koweitiens. Le repli irakien est d’autant plus douteux que l’on signalait, dans la nuit de dimanche à lundi, une intense activité aérienne sur les aéroports militaires entourant Riyad (où le secrétaire d’Etat américain à la Défense, Dick Cheney, est arrivé hier), les milieux pétroliers soulignant que celle-ci renforçait ses positions près de la frontière koweitienne. A Khafji, ville du nord-est du pays dont le port accueille des petits pétroliers et des cargos, des techniciens du pétrole ont signalé que "de nouvelles troupes saoudiennes, mais pas de véhicules lourds", arrivaient dans la région afin de consolider la protection de champs pétrolifères exploités par la compagnie Arabian Oil, un consortium d’entreprises saoudiennes, koweitiennes et japonaises. Selon les mêmes sources, une partie des forces irakiennes d’invasion se sont redéployées à environ 15 km de là.

En bref :
   

Une frégate soviétique de type Oudaloï a été signalée au large de Dubaï, et faisant route vers le Golfe. Elle est accompagnée de 2 navires ravitailleurs.

Les stages de la dizaine de pilotes irakiens travaillant sur les bases aériennes françaises, sont suspendus par le Quai d'Orsay. De son côté, l'armée française envoie un 3ème navire de guerre dans le Golfe.

Des bombardiers américainsF-111, habituellement basés en Grande-Bretagne, arrivent en Turquie sur la base aérienne d'Incirlik.

L'armée israélienne annonce la distribution de masques à gaz à la population. En fait, cette mesure est prévue de longue date.

Ils ont dit :
 
Lu dans la presse :

Abdoul Razzak al-Hachimi, ambassadeur d'Irak à Paris : L'Irak "constate avec beaucoup de regrets et d'étonnements la position prise pas le gouvernement français". La position de la France est de nature à "nuire aux intérêts bien grands de la France en Irak, pas seulement dans l'immédiat mais particulièrement dans l'avenir".
Saadi Mehli Saleh, commandant de l’armée irakienne, que des dizaines de milliers de volontaires rejoignaient ses troupes, pour défendre "l’Irak et la révolution au Koweit". Rappelant le récent passé militaire du régime, il a ajouté que "les Américains doivent tenir compte des 8 années de guerre" face à l’Iran et "comprendre que le peuple du grand dirigeant Saddam Hussein ne peut pas être intimidé" (Quotidien irakien Al-iraq)
Marlin Fitzwater, porte-parole de la Maison Blanche : On ne possède "aucune information indépendante" sur un éventuel repli irakien.

  Presse américaine : Le président américain George Bush aurait donné l'ordre à la CIA d'élaborer un plan de déstabilisation du régime irakien.
Quotidien égyptien al-Goumhouriya : En revendiquant une distribution plus équitable des richesses pétrolières de la région, Saddam Hussein fait "un juste procès" à la famille régnante koweitienne, mais en envahissant le Koweit, il a "desservi sa cause".

 

Chronologie des événements - août 1990

L'Irak menace l'Arabie Saoudite. La communauté internationale réagit : l'ONU condamne l'invasion et les Américains déclenchent l'opération Bouclier du désert. L'Irak répond en prenant plusieurs milliers d'Occidentaux en otages.

L'ONU décrète un embargo contre l'Irak alors que la coalition anti-irakienne se construit. Alors que les USA renforcent leurs troupes dans le Golfe, la Ligue Arabe s'oppose à l'Irak.

En Irak et au Koweït occupé, les otages deviennent boucliers humains, provoquant l'inquiétude du monde entier. De son côté, l'armée irakienne assiège les ambassades occidentales au Koweït. L'ONU renforce donc l'embargo et autorise le recours à la force pour le faire respecter.

Le Koweït devient une province de l'Irak. Des personnalités occidentales se rendent à Bagdad. L'ONU et l'URSS tentent des médiations. En signe de bienveillance, l'Irak libère quelques otages.

 

septembre 1990

Gallerie de photos
  • image 1
  • image 2
  • image 3
  • image 4
  • image 5
  • image 6
  • image 7
  • image 8
En vidéo


20 ans après la guerre du Golfe, un Koweïtien recherche ses amis
d'enfance disparus pendant l'occupation irakienne (48 minutes)
Al Jazeera - Télévision qatarie (extrait en anglais) - 2010


L'Irak prend des Occidentaux en otages (26 minutes)
FR3 - Journal de 19h30 - 6 août 1990


La crise du Golfe (7 minutes)
ARD - Télévision allemande (extrait en allemand) - 6 août 1990