lundi 4 février 1991

L'aviation alliée effectue 3.000 sorties. Selon Bagdad, 13 avions alliés sont abattus.

 

L'Egypte participera à l'offensive terrestre des Alliés.
Le Président Hosni Moubarak annonce que les 45.000 soldats égyptiens présents dans le Golfe participeront bien à l'offensive terrestre prévue par les Alliés, tout en limitant leur action à la reconquête du Koweït. Ancien chef d'escadrille, Moubarak jouit d'une grande popularité dans les milieux militaires. L'opinion publique égyptienne reste cependant très partagée quant à cette participation, même si elle se montre nettement moins favorable à Saddam Hussein que les autres pays du Proche-Orient.

Sommet pour la paix à Téhéran.
Bien qu'il n'y ait "aucun signe de souplesse" à Bagdad, le Président iranien Rafsandjani propose une nouvelle fois un sommet à Téhéran pour trouver un plan de paix. Ce sommet regrouperait Américains et Irakiens, et permettrait de restituer la souveraineté koweïtienne suivi du départ de toutes les forces étrangères du Golfe. Cette tentative de rétablissement de la paix est saluée par Moscou et le Secrétaire général de l'ONU. Mais Saddam Hussein a déjà fait savoir qu'il rejetait la simple idée de se retirer du Koweït.

Bavure des Alliés en Irak : plus de 400 civils auraient été tués.
Les autorités irakiennes affirment que, lors du bombardement intensif de la ville irakienne de Nasiriyah, 47 civils ont été tués et 102 autres blessés lorsque l'aviation alliée a bombardé les piles d'un pont franchissant l'Euphrate. Un témoin raconte que plus de 400 personnes se trouvaient sur ce pont lors de l'attaque à 15h, les autres ponts de la ville ayant été rasés. D'après un autre témoin, le nombre exact des victimes ne sera jamais connu : de nombreux corps ont été emportés par les eaux du fleuves.

Le coût de la guerre.
Bien qu'ils se défendent de jouer les mercenaires, les USA ne paient qu'une fraction de leur colossal effort de guerre. La plus grosse part est financée par le Koweït, l'Arabie Saoudite, l'Allemagne et le Japon. Les contributions reçues par les USA entre août 1990 et mars 1991 devraient s'élever à 52 milliards de dollars. Ce chiffre est à rapprocher de la prévision de leurs dépenses jusqu'à la fin du mois de mars : entre 47,5 et 85 milliards de dollars. Malgré le conflit du Golfe, le projet de budget soumis au Congrès par George Bush prévoit une réduction des dépenses militaires de 3,7 milliards de dollars pour l'année fiscale 1992. La France, elle, assumera la totalité du coût de son intervention militaire dans le Golfe, soit environ 220 millions de dollars chaque mois.

Messages codés sur Radio-Bagdad.
Radio-Bagdad
annonce "une guerre totale" pour garder le Koweït en tant que province irakienne, et diffuse des messages codés pour la première fois. La BBC en traduit un certain nombre à ses auditeurs britanniques : "Du quartier général à Ourwa : mettez en exécution le programme de la dernière réunion". Ou encore : "De Mahyoub à Moudar Salim : N'hésitez pas à faire quelque chose. Que Dieu soit avec nous". Ici Bagdad : les Irakiens parlent aux Irakiens...

L'USS Missouri ouvre le feu.
Monument historique de l'US Navy, le cuirassé USS Missouri n'en a pas moins fait tonné ses 9 canons contre des cibles terrestres irakiennes situées sur la côte koweïtienne. Ils ont tiré des obus de 406 mm, le plus gros calibre en service dans le monde. Le Missouri n'a tiré jusqu'ici que 2 missiles de croisière Tomahawk. Aucun de ses canons n'avaient ouvert le feu, si ce n'est en exercice, depuis la fin de la guerre de Corée, en 1953. Son équipage est composé de 1.500 hommes et 65 officiers. Présent dans le Golfe depuis 2 mois avec son jumeau le Missouri, le Wisconsin a attaqué des postes de commandement irakiens avec ses 3 tourelles de 3 pièces de 406 mm.

L'assassinat de Saddam Hussein est "irréalisable" selon un général français.
Le magazine français Valeurs Actuelles publie aujourd'hui une interview du général Alain de Marolles, ancien directeur du Renseignement des services secrets français. "La nature a horreur du vide, surtout en géopolitique, explique-t-il. Si l'Irak baisse, d'autres Etats montent. L'Iran d'abord, qui cherchait bien avant la révolution islamique à imposer son hégémonie sur le Golfe persique." Interrogé sur l'assassinat du Raïs irakien, il répond : "Une action de type "commando" contre Saddam Hussein, cela suppose que l'on pénètre au sein du territoire irakien (...). Etant donné la nature du régime irakien, c'était fort difficile en temps de paix. En temps de guerre, de guerre totale, cela me paraît irréalisable." Et de poursuivre : "Saddam Hussein n'est pas seulement un dictateur appuyé sur une police omniprésente. C'est un dictateur oriental (...). Un tel écran empêche, à un degré extrêmement élevé, d'éventuelles infiltrations."

En bref :
   

Le Ministère saoudien de l'Intérieur annonce l'arrestation des auteurs de l'attaque lancée le 4 contre des militaires américains et saoudiens à Djeddah, près de la Mer Rouge. Mais leur nombre et leur identité n'ont pas été révélés.

La presse occidentale est autorisée à visiter, sous contrôle, la localité d'al-Dour située à 150 km au nord de Bagdad et bombardée le 21 janvier par les forces alliées. Les raids avaient fait 24 morts et plus de 100 blessés.

Visite surprise du Premier ministre français Michel Rocard au Maroc, alors que le climat entre Paris et Rabat se détériore suite aux événements du Golfe.

Le Premier ministre Michel Rocard annonce à l'Assemblée Nationale que les opérations militaires de la France dans le Golfe coûteront 6 à 7 milliards de francs (1 milliard d’€) de plus que prévus, mais précise que "la situation est conforme aux prévisions des Alliés".

Les autorités tchécoslovaques envoient 37 soldats dans le Golfe pour assurer la protection de leurs 180 spécialistes de la guerre chimique.

Le Premier ministre japonais, Toshiki Kaifu, annonce que l'aide aux Alliés fixée à 9 milliards de dollars ne pourra être utilisée qu'à des fins pacifiques.

La compagnie Air France annonce l'annulation de plus de 2.000 vols en provenance ou à destination de zones "à risques".

Radio-Bagdad appelle au terrorisme international contre les Alliés et leurs intérêts.

Un missile Patriot abat un SCUD irakien juste au-dessus de Riyad. Les débris retombent sur la capitale saoudienne sans faire de victimes.

Les premiers B-52 américains arrivent sur la base militaire britannique de Fairford.

Ils ont dit :
   

Pierre Joxe, ministre français de la Défense, se félicite du "dispositif admirable" et du "moral élevé" des troupes françaises. Il précise aussi que "la France n'est en guerre contre personne... Elle participe à la mise en oeuvre d'une décision du Conseil de sécurité de l'ONU".
Général Norman Schwarzkopf, commandant en chef de la coalition : Saddam Hussein est en train de prendre une "terrible raclée. Ce n'est pas un militaire. Il a toujours pensé cette guerre dans des termes tactiques et jamais d'un point de vue stratégique". Et de préciser : Il "fait des erreurs mais il est trop orgueilleux pour capituler".

 

 

Chronologie des événements - février 1991

Les bombardements sur l'Irak s'intensifient et les alertes aux SCUD s'enchaînent en Israël et en Arabie Saoudite. Une enquête est lancée après la mort mystérieuse de GI's à Khafji. L'Iran tente des médiations entre l'Irak et les Alliés et propose une conférence de paix à Téhéran. A la demande de George Bush, Colin Powell et Dick Cheney sont en visite dans le Golfe.

Les artilleries alliées se massent le long de la frontière irakienne pour préparer l'offensive terrestre. Des polémiques éclatent en Occident après le bombardement par les Alliés d'une étrange usine de lait en poudre et d'un abri anti-aérien dans le quartier d'Amriya, à Bagdad. A Tel-Aviv, désertée par sa population, les alertes aux SCUD sont quotidiennes. Alors que tout le monde s'attend au déclenchement de l'offensive terrestre, Saddam Hussein se dit prêt à évacuer le Koweït. Sous certaines conditions...

La Turquie reçoit des renforts de l'OTAN pour faire face à une éventuelle attaque de l'Irak. Les médias français se plaignent de la censure imposée par les autorités françaises. Jamais auparavant un conflit n'avait été aussi médiatisé et censuré... L'URSS tente un plan de paix entre l'Irak et les Alliés.
Pendant que le choléra et les pénuries de nourriture font leur apparition à Bagdad, Washington adresse un ultimatum à Bagdad...

Après l'expiration de l'ultimatum, les Alliés lancent une vaste offensive terrestre. Les Américains attaquent la Garde républicaine irakienne, les Britanniques visent Bassorah et les Français prennent As-Salman. Les Saoudiens et les Koweïtiens libèrent Koweït-City. Après 4 jours de guerre, l'armée irakienne est balayée et le Koweït est libéré.

 

Gallerie de photos
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En vidéo


L'Iran veut servir de médiateur (26 minutes)
FR3 - Journal de 19h30 - 4 février 1991


Préparatifs de l'offensive terrestre (2 minutes)
TVNZ - Télévision néo-zélandaise (extrait en anglais) - 4 février 1991


Le corps des Marines américains (3 minutes)
BBC - Télévision britannique (extrait en anglais) - 4 février 1991


Les tirs amis (4 minutes)
TV3 - Télévision néo-zélandaise (extrait en anglais) - 4 février 1991


Edition spéciale : le cuirassé USS Missouri (5 minutes)
NBC - Télévision américaine (extrait en anglais) - 5 février 1991