mardi 26 février 1991

28 soldats alliés sont tués : 19 Britanniques, 7 Américains et 2 Français.

3ème jour de l'offensive terrestre

 

Certaines informations qui suivent sont invérifiables. C'est le résultat du black-out imposé aux médias (nos principales sources) par les états-majors alliés durant les premières 48 heures de l'offensive terrestre.

Toutes les heures sont données en GMT.
Heure du Québec et de Washington : GMT - 5
Heure de Londres : GMT
Heure de Paris, Berlin et Bruxelles : GMT + 1
Heure de Tel-Aviv et Le Caire : GMT + 2
Heure de Moscou, Bagdad, Riyad et Koweït-City : GMT + 3

 

La guerre minute par minute :

1h00 : Dans la matinée, le porte-parole de la Maison Blanche, Marlin Fitzwater, confirme qu'aucun message de Bagdad n'est parvenu au sujet d'un retrait irakien.Washington réexige de nouveau que l'Irak se retire du Koweït et applique les 12 résolutions de l'ONU.

2h15 : Un missile SCUD irakien est tiré en direction de la centrale nucléaire de Dimona, en Israël.

3h30 : Nouveau tir de missile SCUD irakien en direction de la centrale nucléaire de Dimona, en Israël.

7h00 : Un missile SCUD irakien est abattu en vol dans le ciel de Bahreïn, et un autre tombe quelques instants plus tard sur Doha, la capitale du Qatar, sans faire de victime.

7h00 : Mikhaïl Gorbatchev est informé par Bagdad que l'Irak va retirer immédiatement ses troupes du Koweït. Trois heures plus tard, le Président soviétique demande un cessez-le-feu immédiat au Conseil de sécurité de l'ONU. Les USA s'y opposent en exigeant d'abord l'acceptation par l'Irak des 12 résolutions de l'ONU adoptées depuis le début de la crise.

9h30 : Saddam Hussein annonce le retrait du Koweït et la victoire de l'Irak.
"A partir de ce jour, nos courageuses forces armées vont poursuivre leur retrait du Koweït". Sur Radio-Bagdad, Saddam Hussein annonce que l'évacuation de l'émirat occupé est commencée. Mais il explique que ce sont les "circonstances" qui imposent la perte de la 19ème province, "une partie de notre pays arrachée dans le passé". Le Raïs ne renonce en rien à ses prétentions sur l'émirat. Les droits historiques, qui justifiaient l'annexion du 8 août 1990 demeurent. Précisant que le retrait de ses troupes a commencé cette nuit même, le président irakien ajoute que celui-ci devrait se terminer au cours de la journée, "si Dieu le veut". Saddam Hussein a dû remplir l'une des conditions imposées par les Américains : annoncer lui-même la nouvelle. Hier soir, à minuit, Washington refusait de se contenter d'un simple appel diffusé par la radio officielle et exigeait une déclaration "personnelle et publique" du Président irakien. Celui-ci avoue implicitement qu'il ne renonce pas à parvenir à ses fins en faisant appel à l'histoire : "Le monde se rappellera que les portes de Constantinople ne se sont pas ouvertes devant les Musulmans dès la première tentative de guerre sainte..." Le Raïs invite également ses frères à applaudir cette victoire, ces frères qui ont "combattu 30 Etats, tout le Mal qui les entoure et, sans conteste, la plus forte machine de guerre et de destruction du monde". Et de conclure : "Que la victoire est belle, avec l'aide de Dieu !" en passant sous silence la reddition en masse des soldats irakiens, l'encerclement de ses divisions et les redoutables effets des bombardements alliés.

13h00 : Kuna, l'agence de presse officielle du Koweït, annonce la libération de la capitale de l'émirat par les troupes koweïtiennes.

13h15 : L'Irak accuse les forces de la coalition d'attaquer ses troupes en mouvement de retrait vers le nord.

17h00 : Flash spécial sur CBS : les envoyés spéciaux de la chaîne américaine émettent en direct de Koweït-City. C'est la première fois que des journalistes ont accès à la capitale koweïtienne depuis l'invasion de l'émirat le 2 août. Les Marines contrôleraient entièrement Koweït-City, selon une dépêche de l'agence de presse koweïtienne Kuna.

17h00 : L'état-major américain annonce que 21 divisions irakiennes sur 42 ont été mises hors de combat. Les prisonniers se compteraient par milliers.

19h00 : Les forces égyptiennes contrôlent l'aéroport situé à 15 km de Koweït-City. Elles font plus de 4.000 prisonniers irakiens.

20h00 : Le gouvernement irakien informe que Saddam Hussein a visité des unités du 1er corps d'armée irakien. Radio-Bagdad annonce qu'il s'est entretenu avec ses chefs militaires "pour repousser toute tentative d'agression destinée à amoindrir l'Irak."

L'aviation allemande basée en Turquie.
Durant le conflit, le gouvernement allemand a autorisé la Luftwaffe à fournir des pièces détachées aux aviations alliées. Ainsi, elle a envoyé des pièces pour les Tornado de la RAF et de l'aviation italienne. De plus, les appareils de transport allemands ont assuré la livraison, non pas directement dans le Golfe, mais sur les bases de l'OTAN proches du théâtre des opérations. D'autre part, lorsque les appareils Alpha Jet de la Luftwaffe étaient positionnés en Turquie, la sécurité rapprochée sur la base a été assurée par des lance-missiles d'épaule SA-7 Grail récupérés sur l'armée de l'ex-RDA.

En bref :
   

En France, départ depuis Montauban de 200 démineurs et maîtres-chiens pour le Koweït. Leurs missions sont tenues secrètes, mais le déminage de l'ambassade de France de Koweït-City reste leur priorité.

Les autorités belges annoncent qu'elles verseront 31 millions de dollars à la France et à la Grande-Bretagne pour leur effort de guerre.

Peu après l'annonce par l'Irak du retrait du Koweït, plusieurs milliers de Jordaniens, déçus, se rendent dans des centres de recrutement de l'armée pour s'enrôler aux côtés des Irakiens et poursuivre la guerre contre les Occidentaux.

Réactions après la déclaration de Saddam Hussein

La différence française n'est plus de mise. "Il est exclu qu'un cessez-le-feu puisse intervenir" tant que l'Irak n'aura pas accepté toutes les résolutions de l'ONU. Le ministère des Affaires étrangères reconnaît que "Saddam Hussein s'est enfin décidé à parler sérieusement" et que "sa décision de retrait est manifeste sur le terrain". Mais Roland Dumas précise que "la France ne saurait courir le risque d'une manœuvre dilatoire" de l'Irak. Par conséquent, la France attend la reddition totale de l'Irak avant d'appliquer un quelconque cessez-le-feu.
Yithzak Shamir, Premier ministre israélien : "Saddam Hussein doit immédiatement disparaître de la scène internationale".
Les autorités de Moscou font cavalier seul en demandant un "cessez-le-feu immédiat" dans le Golfe. "Il n'y a plus aucune raison sérieuse de continuer les combats" affirme le ministre des Affaires étrangères Alexandre Belogonov. Cependant, l'URSS précise qu'elle reste solidaire de la coalition anti-irakienne.
George Bush, président des Etats-Unis : "La coalition continuera de poursuivre la guerre sans en diminuer l'intensité". Il précise également que "le tout dernier discours de Saddam est un scandale. Il ne se retire pas. Ses forces vaincues battent en retraite." Pour les USA, une reddition totale de Saddam Hussein et l'anéantissement de son potentiel militaire sont essentiels pour cesser les combats.
Réuni à la demande de l'URSS afin d'examiner la mise au point du cessez-le-feu, le Conseil de sécurité a ajourné sa séance à huis-clos. Il ne suffit pas que le Président irakien ordonne le retrait complet et inconditionnel du Koweït, conformément à la résolution 660. Il doit aussi reconnaître l'application des 11 autres résolutions. En particulier la 662 qui déclare l'annexion "nulle et non avenue" et la 674 qui impose des réparations vis-à-vis du Koweït. La majorité des 15 pays membres du Conseil a chargé son président de prendre contact avec le représentant irakien à l'ONU afin d'obtenir une réponse de son gouvernement en préalable à la poursuite de discussions pour une solution négociée. A New York, les membres du Conseil ont également suivi les arguments exprimés un peu plus tôt par le Président américain.
John Major, Premier ministre britannique : "On ne peut pas faire confiance en Saddam Hussein".
Général Etienne Copel,ancien sous-chef d'état-major de l'armée de l'air française : Les Irakiens ne pouvaient pas "résister à une attaque alliée. Dès le premier jour de Tempête du Désert, la coalition aurait pu les enfoncer" (Quotidien français France-Soir).

 

Koweït-City libérée

Un détachement américain est placé sous commandement koweïtien

Combats de rue et scènes de liesse à Koweït-City
Les combats de rue que craignaient les Alliés n'ont pas eu lieu, les Irakiens ayant fui la veille au soir. Ce sont des éléments de la résistance koweïtienne qui ont pris position les premiers dans la ville après la déroute des Irakiens.
Dans la soirée, un commando de Marines dirigé par le lieutenant Brian Knowles a symboliquement réouvert l'ambassade des Etats-Unis. La situation reste pourtant confuse, des tirs d'artillerie retentissent toujours dans la ville.

 

Koweït-City libérée : le scoop de l'année pour CBS !
A 17h, alors qu'aucune déclaration officielle  n'est encore venue confirmer la libération de la ville, la chaîne américaine diffuse en direct les premières images de la capitale koweïtienne. Elle a auparavant montré des images de la route conduisant à la capitale, jonchée de véhicules calcinés. Arrivée en voiture, l'équipe de CBS a été accueillie par de jeunes Koweïtiens prêts à aller "avec eux et les Marines libérer l'ambassade des Etats-Unis".

Des centaines de personnes agitent des drapeaux koweïtiens et américains aux fenêtres des habitations et dans les rues, accompagnant des concerts de klaxons et de pétards. La population koweïtienne est en liesse après la retraite précipitée des troupes irakiennes qui ont abandonné une partie de leur matériel et de leurs armes.
L'émir du Koweït en exil, cheikh Jaber al-Ahmed al-Sabah, a décrété "l'état d'urgence" pour une période de 3 mois, afin de protéger les biens, les citoyens et les résidents étrangers. Le prince héritier a été nommé administrateur général de l'état d'urgence. Sa mission : assurer rapidement le retour à la normale.


Bassorah : la débâcle irakienne

Acharnement des Alliés sur la route de Bassorah
"Les routes de Floride un jour de migration estivale" explique un pilote américain pour décrire la route qui mène de Koweït-City à Bassorah. Blindés et véhicules de tous types irakiens, civils et militaires, fuyaient la ville, pare-chocs contre pare-chocs. Des cibles de choix pour les chasseurs A-6 et autres avions de combat qui ont transformé la route en champ de désolation. Les principaux axes de communication du nord du Koweït avaient auparavant été coupés par les bombes des B-52.
Le bombardement intensif du convoi irakien sur la route de Bassorah a provoqué des centaines de victimes, et de nombreuses protestations en Occident. D'après de nombreux médias occidentaux, les militaires irakiens étaient accompagnés d'otages civils koweïtiens quand ils fuyaient. Dans la soirée, l'état-major allié annonce l'ouverture d'une enquête pour déterminer si ce bombardement était bel et bien un acte de guerre digne de ce nom, ou s'il s'agissait tout simplement d'une bavure...

La Garde républicaine irakienne encerclée
L'élite de l'armée irakienne se trouvait dans la région de Bassorah, quand les Alliés l'ont attaquée. La retraite vers Bagdad est coupée. Les Alliés ont atteint la rive droite de l'Euphrate et les combats avec des éléments de la garde républicaine ont commencé. L'une de ses 8 divisions a été attaquée par des centaines de chars M-1A1 et l'infanterie du 7ème corps d'armée américain sur un front "large d'une dizaine de kilomètres" selon un haut responsable du Pentagone.
L'effondrement de l'armée irakienne se confirme d'heure en heure. Partout, les soldats de Saddam Hussein lèvent les bras et les Alliés n'ont dû engager que des combats de faible envergure. Les Américains font état d'au moins 40.000 Irakiens capturés. Parmi eux, un jeune Irakien d'une vingtaine d'années, heureux de voir s'achever la guerre, confie à un officier américain qu'il faisait ses études à Chicago quelques mois auparavant. "Quand je suis revenu en Irak pour voir ma grand-mère, je me suis retrouvé incorporé dans l'armée", explique-t-il à l'officier, surpris par cette rencontre. Cet afflux de prisonniers à expédier vers l'arrière est le seul facteur qui ralentit la progression des Alliés en avance sur leurs prévisions. Environ 50% des chars irakiens, soit environ 2.085 sur 4.200 avant la guerre, ont déjà été détruits par les forces coalisées.

 

L'avancée des Rats du Désert britanniques

Les Britanniques à la conquête de l'Irak
4h00 - Ce n'est que cette nuit, à 22h30, que les Challenger et les Warriors britanniques du régiment 14/20 des King's Hussars ont pu quitter la position New Jersey, en territoire irakien. Toute la journée, ils avaient pu assister au plus bel embouteillage du siècle, les convois se faufilant les uns après les autres à travers le passage aménagé par les Américains dans les premières défenses irakiennes. les positions Bronze et Copper ont été prises d'assaut pendant la nuit. Maintenant, ils foncent vers l'est...

Une tragique méprise
15h00 - Les Britanniques venaient juste de prendre la position Steel, quand un A-10 Thunderbolt américain survole le régiment. Plongeant d'une altitude de 450 m, le pilote n'a que 5 secondes pour identifier sa cible. Voyant 2 blindés isolés, il ouvre le feu, avant de repartir vers sa base. Ses 2 missiles Maverick se dirigent droit vers leurs objectifs : des Warriors britanniques du 3ème Régiment royal, qui explosent sous l'impact. Des carcasses calcinées les secouristes retireront les corps de 9 fusiliers britanniques tués sur le coup. 11 soldats alliés sont également blessés. Dans son PC de la 4ème brigade, le général britannique essaie d'encaisser cette tragique méprise. "L'accident s'est déroulé dans le feu des combats" explique à la presse le porte-parole de l'armée britannique. C'est la plus grosse perte de la journée, mais la plus grosse aussi pour toute l'armée britannique depuis la guerre des Malouines en 1982. Le pilote américain n'aura sans doute pas vu les bandes rouges accrochées sur le toit des 2 blindés et censées permettre d'éviter de telles méprises...

La prise de Lead
17h30 - Après 6 heures de combat, le 1er Staffordshire Regiment tient la position Lead, au nord du dispositif britannique. Mais alors que la compagnie C était sous le feu nourri de plusieurs mitrailleuses lourdes, une roquette a fauché un soldat britannique, qui a été tué sur le coup. Les positions Zinc et Platinum n'ont pas posé de problèmes. L'avance vers Lead a été plus difficile, les Irakiens ayant regroupé leurs chars T-55 derrière les lignes de défense pour préparer la contre-attaque. Les Warriors anglais se sont présentés devant les lignes irakiennes qu'ils ont arrosées à la mitrailleuse, les balles passant au-dessus des défenseurs qui s'éparpillaient dans le désert. Mais dans la confusion, et par manque de visibilité provoqué par le souffle des bombardements, certains blindés s'acharnaient sur de simples bulldozers irakiens. L'infanterie, elle, sous le feu des positions irakiennes qui résistaient encore, s'occupait des centaines de prisonniers capturés dans la journée.

Les Irakiens encerclés
23h30 - 2 jours après le jour G (Go), la 1ère division blindée britannique a atteint les positions fixées par l'état-major comme objectifs après 10 jours de combats. Au Nord, le 2ème Régiment de cavalerie américain a progressé à la même vitesse. Au Sud, la 1ère division de cavalerie américaine appuie de son artillerie les unités britanniques qui se préparent au dernier assaut vers Tungsten. Ces forces alliées sont à moins de 20 km du Koweït. Plus au Nord, les 7ème et 18ème corps d'armée américains referment le mouvement en tenaille pour prendre au piège les forces irakiennes. Toute retraite vers Bagdad est impossible. La Garde républicaine est coincée dans la région de Bassorah. Le problème posé par le nombre de prisonniers a transformé les grenadiers de Sa Majesté, sous les ordres du major Grant Baker, en chauffeurs d'autobus. Alors qu'ils s'étaient entraînés pour des combats de tranchées, ils fouillent les positions abandonnées par les Irakiens et transportent les prisonniers vers l'arrière. Ils savent pourquoi certains chars T-55 n'ont pas bougé ni tiré. Leurs batteries avaient été démontées. Elles servaient à chauffer et éclairer les postes irakiens, souvent confortablement installés.

 

Les Français prennent As-Salman

Un détachement américain est placé sous commandement français

Les Gazelle de Daguet
A l'aube, une première vague de 10 Gazelle équipées de missiles anti-chars HOT suivie de 4 Gazelle armées de canons de 20 mm pour la protection rapprochée et de 2 Puma d'évacuation sanitaire. Espacés de 300 à 500 mètres, les hélicoptères volent à moins de 10 mètres-sol. S'ils doivent tirer, ils descendront à moins de 5 m. Dans son viseur, le pilote est capable d'identifier son objectif à plus de 4 km de distance. Mais en 2 heures de vol, cette première vague d'hélicoptères ne tirera pas un seul missile : elle ne trouvera que des traces de chars sur le sable, montant vers le nord. L'empreinte de la débâcle irakienne.
Une 2ème vague est lancée quelques heures plus tard, en direction d'une position irakienne. "Nous ne nous attendions pas à être attaqués par derrière aussi subitement !" confesse un sous-officier irakien. Les positions de combat qu'il occupait avec sa section ont été frappées par des missiles d'hélicoptères Gazelle, distants de 4 km, et invisibles sous la ligne d'horizon. C'est la première fois que l'ALAT (Aviation Légère de l'Armée de Terre) composée de 90 Gazelle françaises, intervient en période de conflit. "En Europe, on travaille essentiellement en défensive pour porter des coups d'arrêt" explique le colonel de Larocque-Latour, commandant le 3èmeRHC. Ici, il a fallu aller cueillir les Irakiens plusieurs dizaines de km devant les lignes amies. Depuis le début de la guerre, les Gazelle, armées de missiles HOT, et parfois HOT 2, plus performants, s'étaient contentées de missions de reconnaissance et d'entraînement intensifs, pour tester les nouveaux équipements "made in France" : leurres infrarouges pour contrer les missiles ennemis, sièges blindés pour la protection des équipages, télémètres laser pour l'estimation des distances...

Devant As Salman
L'objectif de l'état-major est simple : prendre le village irakien d'As-Salman sans dommages, pour les Français bien sûr, mais aussi pour les habitants du village. Cette opération doit être exemplaire pour faciliter de semblables missions ultérieures et se concilier la population locale. Pour cela, l'investigation du village par le 3èmeRIMa doit être précédée d'une "manœuvre d'action psychologique". Des éléments des forces spéciales françaises participent à l'opération, tandis que les CRAP et des éléments du 13èmeRDP sont déjà sur place, ainsi que les Américains des Forces spéciales et des Civils Affairs, spécialisés dans les rapports avec les civils en territoire ennemi.
Il est 6h30, les soldats français et américains sont prêts. L'opération Princesse peut commencer...

Les blindés français dans les rues d'As Salman
6h30 - Lancement de l'opération Princesse qui vise à conquérir le village, avec tout d'abord une action psychologique.
Plusieurs Jeep descendent vers la cuvette où se trouve As-Salman. L'entrée du village est bloquée par 4 chars AMX-30B2 du 4èmeRD. Des haut-parleurs ont été installés sur les toits des véhicules qui avancent seuls. Les compagnies de combat sont restées en arrière, pour ne pas effrayer les populations. Une petite musique orientale est diffusée par les véhicules. A bord des Jeeps se trouvent des militaires originaires d'Afrique du Nord et des volontaires koweïtiens côté américain, réquisitionnés pour servir d'interprètes. Une voix arabe demande aux habitants de "sortir sans crainte", et leur promet de la nourriture amenée par un camion. Les Jeep pénètrent lentement dans le village et avancent dans les rues désertes pendant quelques minutes. Soudain, une dizaine de soldats irakiens sortent les bras levés. A la tête du groupe, un homme porte un drapeau blanc. Sur ordre des militaires français, ces soldats s'allongent sur le sol, sont fouillés puis emmener vers un point de regroupement.

7h15 - Le convoi change de direction, et se rend à une autre entrée du village. Les Jeep diffusent la même musique de la chanteuse égyptienne Oum Kalsoum et les mêmes consignes en arabe. Après une vingtaine de minutes, une dizaine de personnes sort d'une maison, les mains en l'air. Ce sont quelques vieillards et un enfant. Ce sont là les derniers civils qui se trouvaient à As-Salman, les autres ayant trouvé refuge à 130 km du village. Ceux qui sont restés ont reçu des tracts largués par avion, une carte leur expliquant où se regrouper à l'arrivée des Français. Ils sont emmenés à l'arrière où ils recevront de la nourriture et seront interrogés.
Le convoi de Jeep quitte le village déserté, pour céder la place aux compagnies de combat...

9h30 - Le ratissage du village commence, alors qu'une tempête de sable se lève. "On dirait une ville fantôme" commente un soldat. Dans les rues, rien ne bouge. L'escadron d'AMX-10RC du capitaine de Revel contrôle les parties Sud de la localité, alors que la 2ème compagnie du capitaine Lancelot reste en réserve avant de remonter le secteur Est. Les compagnies Gaillard, Fertinel et Toutous se sont vu chacune attribuer un fuseau. Les moindres recoins de chaque bâtiment, de chaque terrain vague... sont fouillés. Chaque quartier de la ville est rebaptisé du nom d'une station du métro parisien : Châtelet, Rivoli, Concorde, Etoile, Opéra, Nation... Les champs entourant la bourgade s'appelant même Vincennes, Neuilly et Boulogne, comme les bois parisiens.

10h20 - Devant l'absence de résistance, autorisation est faite aux soldats de retirer leurs combinaisons N.B.C. qu'ils portaient 24/24 depuis 3 jours. Les marsouins se changent rapidement dans la cour d'une maison. L'objectif de chaque compagnie est d'atteindre Rivoli, la principale artère du village où doivent se retrouver toutes les compagnies. Alors que les soldats progressent lentement, des fusillades se font entendre au loin. Résistance irakienne? On rend compte par radio. En fait : résistance de portes d'entrée...
Dans chaque bâtiment se trouvent des dizaines d'armes de toutes sortes. Désertées par les habitants dès le début du conflit, les maisons ont été aussitôt occupées par les soldats irakiens. "Certains ont dû partir précipitamment, il y a encore du riz cuit dans les seaux" constate un sous-officier. Certaines caches d'armes sont piégées : derrière une porte, des marsouins découvriront une roquette amorcée disposée pour exploser à l'ouverture.

13h30 - As-Salman est conquis. Près du QG de la 45ème division d'infanterie irakienne, des VAB stationnent sous un gigantesque portrait de Saddam Hussein en tenue militaire (alors qu'il n'a jamais été soldat). Dans chaque maison ou bâtiment public est accroché un portrait du président irakien. Les soldats français, qui ont reçu l'autorisation d'emporter avec eux quelques trophées de guerre, en profitent pour décrocher les tableaux et emporter des masques à gaz irakiens, mieux équipés que ceux de l'armée française ! Mais pour ce qui est des armes irakiennes, la consigne est stricte : elles doivent être référencées et démilitarisées avant de pouvoir être ramenée en France comme souvenir...
Le PC français s'est installé dans l'ancien poste de police, au bout de la rue de Rivoli. La tempête de sable se calme enfin, alors que les premiers camions américains font leur entrée dans le village. L'état-major est soulagé, l'opération Princesse est finie, et semble être une totale réussite. Mais en plein milieu de l'après-midi...

Les premières pertes françaises
Les CRAP ont reçu pour mission de reconnaître le fort bâti sur les hauteurs d'As-Salman. Il a été plusieurs fois la cible des avions américains et de nombreuses sous-munitions américaines non explosées jonchent le sol. Ce sont des Cluster bombs, des grenades défensives qui ont la particularité d'exploser à 1,5 m du sol... Un soldat français ramasse l'un de ces engins. La déflagration le tue sur le coup. En voulant lui porter secours, un homme pose le pied sur une autre bombe. Nouvelle explosion qui tue un 2ème soldat et en blesse 23 autres. Le sergent Schmitt et le caporal-chef Cordier seront les seules victimes françaises de ces 3 jours d'offensive terrestre.

16h00 - Le PC du 3èmeRIMa s'est installé près du poste de police d'As-Salman. C'est l'heure du bilan et de la dépression. Soudain, dans le combiné radio, une demande d'évacuation sanitaire. Une explosion vient de se produire dans le fort d'As-Salman. Les 2 soldats tués sont du 1erRPIMa. Aussitôt, les VAB sanitaires foncent vers le lieu du drame. Dans le village, l'euphorie n'est plus de mise. La division Daguet n'avait jusqu'alors connu aucune victime. Une fouille plus approfondie du périmètre est ordonnée. De nombreuses Cluster bombs non explosées sont retrouvées autour d'un PC irakien. Ces sous-munitions sont dispersées par un conteneur qui s'ouvre en l'air. En retombant, ces mines anti-personnel s'éparpillent sur une large zone. La rotation des petites ailettes dont ces bombes sont dotées, est provoquée par la chute de l'engin, et l'arme de cette façon, quand un certain nombre de tours est atteint. Mais une fois sur le sol, on ne sait jamais quand la bombe va exploser. Les Israéliens ont utilisé ce genre d'armes au Liban. Les Cluster bombs vont devenir la hantise de la division Daguet. Quelques jours après la fin de la guerre, au cours d'une séance de sport, une section du 1erRI de Sarrebourg sera victime d'une sous-munition de ce genre...

La Légion toujours sur l'aérodrome
L'accès à l'aérodrome est interdit. La Légion ne donnera le feu vert que quand la fouille approfondie des installations sera terminée. Le 2ème REI doit d'ailleurs recevoir l'aide du bataillon de génie américain chargé de remettre en condition le terrain. En attendant, chaque bâtiment, chaque bunker est méticuleusement inspecté. Les soldats français sont par ailleurs surpris par la qualité de construction de ces bâtiments de fabrication européenne, où l'air est pressurisé et les fenêtres équipées de filtres pour éviter toute attaque chimique.
Arrivée en renfort, la 2ème compagnie du 6ème REG prête main forte au 2ème REI pour reconnaître et baliser le terrain. Mais la tempête de sable qui sévit depuis le début de la journée ralentit le bon déroulement des travaux. Les légionnaires recherchent principalement des missiles, d'éventuelles charges chimiques et un bunker secret enterré. Des informations laissent en effet supposé qu'un de ces refuges pour l'état-major irakien aurait été construit à As-Salman.

Nouveau drame à As Salman
Des renforts américains arrivent pour remettre l'aérodrome en état. Les hommes du 2ème bataillon de génie américain devaient nettoyer les pistes afin de permettre d'y installer une éventuelle base alliée. Un précieux relais pour permettre une attaque plus en profondeur dans le territoire irakien. Arrivés à As-Salman à 8h30, ils se dirigent aussitôt vers le secteur de l'aérodrome. Les officiers du 2ème REI les ont tout de suite mis en garde contre les dangers que constituent les nombreuses munitions non explosées. Elles ont d'ailleurs toutes été balisées, et malgré les conditions météo désastreuses, aucun blessé n'est à déplorer dans les rangs de la Légion pendant l'assaut de nuit et la fouille ultérieure.

16h30 - Une demi-heure à peine après l'explosion du fort d'As-Salman où 2 Français ont perdu la vie, une autre explosion secoue l'aérodrome. 7 Américains, qui manipulaient un conteneur rempli de sous-munitions, sont tués sur le coup. Parmi eux, un jeune capitaine qui venait tout juste de prendre le commandement de sa compagnie et 2 lieutenants. Un blessé est évacué par un hélicoptère sanitaire français. Chez les Américains, le traumatisme est énorme. De ce fait, le 27ème bataillon quittera l'aérodrome plus tôt que prévu.

N.B.
13èmeRDP => 13ème Régiment de Dragons Parachutistes
3ème RIMa => 3ème Régiment d'Infanterie de Marine
CRAP => Commandos de Recherche et d'Action dans la Profondeur
4ème RD => 4ème Régiment de Dragons
2ème REI => 2ème Régiment Etranger d'Infanterie
3ème RHC => 3ème Régiment d'Hélicoptères de Combats
1er RI => 1er Régiment d'Infanterie
6ème REG => 6ème Régiment Etranger de Génie
1er RPIMa => 1er Régiment Parachutiste d'Infanterie de Marine

Chronologie des événements - février 1991

Les bombardements sur l'Irak s'intensifient et les alertes aux SCUD s'enchaînent en Israël et en Arabie Saoudite. Une enquête est lancée après la mort mystérieuse de GI's à Khafji. L'Iran tente des médiations entre l'Irak et les Alliés et propose une conférence de paix à Téhéran. A la demande de George Bush, Colin Powell et Dick Cheney sont en visite dans le Golfe.

Les artilleries alliées se massent le long de la frontière irakienne pour préparer l'offensive terrestre. Des polémiques éclatent en Occident après le bombardement par les Alliés d'une étrange usine de lait en poudre et d'un abri anti-aérien dans le quartier d'Amriya, à Bagdad. A Tel-Aviv, désertée par sa population, les alertes aux SCUD sont quotidiennes. Alors que tout le monde s'attend au déclenchement de l'offensive terrestre, Saddam Hussein se dit prêt à évacuer le Koweït. Sous certaines conditions...

La Turquie reçoit des renforts de l'OTAN pour faire face à une éventuelle attaque de l'Irak. Les médias français se plaignent de la censure imposée par les autorités françaises. Jamais auparavant un conflit n'avait été aussi médiatisé et censuré... L'URSS tente un plan de paix entre l'Irak et les Alliés.
Pendant que le choléra et les pénuries de nourriture font leur apparition à Bagdad, Washington adresse un ultimatum à Bagdad...

Après l'expiration de l'ultimatum, les Alliés lancent une vaste offensive terrestre. Les Américains attaquent la Garde républicaine irakienne, les Britanniques visent Bassorah et les Français prennent As-Salman. Les Saoudiens et les Koweïtiens libèrent Koweït-City. Après 4 jours de guerre, l'armée irakienne est balayée et le Koweït est libéré.

 

Gallerie de photos
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En vidéo


L'offensive terrestre (25 minutes)
FR3 - Journal de 19h30 - 26 février 1991


Les résolutions de l'ONU (2 minutes)
FR3 - Journal de 22h30 - 26 février 1991


L'offensive terrestre (37 minutes)
Antenne 2 - Journal de 20h - 26 février 1991


L'Arabie Saoudite en première ligne (8 minutes)
BBC - Télévision britannique (extrait en anglais) - 26 février 1991


Les tirs amis (2 minutes)
BBC - Télévision britannique (extrait en anglais) - 26 février 1991


Edition spéciale : Tom Brokaw en direct de Dharhan (8 minutes)
Koweït-City est libérée !
NBC - Télévision américaine (extrait en anglais) - 26 février 1991


L'étau se reserre autour des Irakiens (2minutes)
NBC - Télévision américaine (extrait en anglais) - 26 février 1991


L'opinion publique en Irak et en Jordanie (4 minutes)
NBC - Télévision américaine (extrait en anglais) - 26 février 1991


La 24ème division d'infanterie mécanisée américaine (2 minutes)
NBC - Télévision américaine (extrait en anglais) - 26 février 1991


Réactions en Israël à la libération du Koweït (2 minutes)
NBC - Télévision américaine (extrait en anglais) - 26 février 1991