mardi 19 février 1991

L'aviation alliée effectue 2.900 sorties. Un bombardier A-10 Thunderbolt américain est abattu par la DCA irakienne. Son pilote est porté disparu.

 

L'Irak sous les bombardements : déjà 20.000 morts.
Le vice-Premier ministre irakien affirme à la diplomatie iranienne que la guerre a fait plus de 20.000 morts et 60.000 blessés dans son pays. Jusqu'à présent, il n'était question que de 1.000 morts parmi les civils et 90 parmi les soldats. Les Irakiens n'ont plus ni eau, ni électricité, ni téléphone. Les trains roulent toujours, mais par intermittence. A Bagdad, les voitures circulent encore malgré les restrictions d'essence. Selon les rares observateurs étrangers encore en Irak, rien ne semble indiquer les lourdes pertes irakiennes : les casernes militaires de Bagdad semblent toujours intactes... Les autorités irakiennes déclarent aux médias occidentaux qu'un raid allié aurait détruit le dôme de la mosquée de Bassorah. Le Pentagone affirme, lui, qu'il s'agit d'une ruse de Bagdad. Photos à l'appui, le contre-amiral américain Mike McConnel prouve que si une bombe avait endommagé l'édifice religieux, le minaret se serait écroulé. Or, il est toujours intact. De plus, il n'y a aucun débris autour de la mosquée. D'après le Pentagone, les Irakiens auraient donc enlevé le toit de l'édifice pour attiser la colère du monde musulman.

Accrochages irako-américains à la frontière koweïtienne.
Sur la frontière koweïto-irakienne, des soldats américains s'emparent d'un poste irakien abandonné à 800 m au-delà de la frontière. Quelques heures plus tard, un groupe de soldats irakiens s'approchent lentement du campement américain, les bras levés. Et une fois proches des soldats alliés, les Irakiens ouvrent le feu. La fusillade dure près de 4 h. Un soldat irakien aurait été tué et les autres faits prisonniers.

Solidarité des Français pour les hommes de Daguet.
"Si l'on considère la période du 22 janvier au 19 février, le Service des postes aux armées a expédié dans le Golfe 266 tonnes de courrier dont 242 tonnes de paquets bourrés de conserves !" explique un officier de la Poste aux armées. Un immense mouvement de solidarité nationale est né autour des 14.000 soldats français déployés dans le Golfe. 30.000 lettres arrivent chaque jour de toute la France au Centre Paris-Tri-Armées de la caserne de Reuilly. Des concours de dessins en provenance de Nouvelle-Calédonie, des lettres d'encouragements depuis la Belgique ou l'Allemagne, des demandes de correspondances et de parrainage d'écoles ou de familles... poussent les 250 personnes du centre de tri, dont 84 appelées en renfort, à travailler 24h/24 ! Certains jours, pour expédier tout ce courrier dans le Golfe, il faut 3 avions rapides DC-8 ou Boeing 747 !

Les USA rejettent le plan de paix soviétique.
George Bush annonce qu'il rejette le plan de paix proposé par les Soviétiques à l'Irak, et jugé "trop insuffisant par rapport à ce qui serait nécessaire". Un plan de paix bien mystérieux : Gorbatchev "m'a demandé de garder confidentiels les détails de son plan et je respecterai cette requête" explique Bush devant le Congrès américain. Le président ajoute : "Laissez-moi répéter qu'en ce qui me concerne, il n'y a pas de négociations. Les objectifs ont été définis. Il n'y aura pas de concessions, je n'ai rien à donner." Les espoirs de paix s'amenuisent...

Les préparatifs de l'offensive terrestre.
En Arabie Saoudite, d'immenses convois de chars, de blindés, de grues, d'engins de terrassement, de camions de soutien logistique et de véhicules de commandement alliés montent au front, en direction de la frontière irakienne. Dans le ciel, les hélicoptères américains Apache montent la garde. Ils ont pénétré à 80 km à l'intérieur du territoire irakien pour repérer le terrain où pourraient être larguées les troupes aéroportées. Certains hélicoptères se sont même offerts le luxe de se poser sur le sable irakien pour étudier la nature du sol. Officiellement, il s'agit de faire pression sur les autorités de Bagdad. Mais de nombreux spécialistes voient en ces manœuvres les préparatifs d'une offensive terrestre. Impression relayée par les nombreuses indiscrétions des officiers alliés dans la presse mondiale : "On ne pourra pas laisser longtemps nos hommes dans un tel état de tension" estime un colonel de la 1ère division blindée britannique...

En bref :
   

Le pape convoque un sommet des évêques de tous les paix concernés par la guerre, pour la construction d'une paix durable au Proche-Orient.

En désaccord avec l'autorisation accordée par le gouvernement de l'Inde aux USA de ravitailler leurs avions en territoire indien, 5 ministres démissionnent. Au même moment, et pour éviter une crise politique dans ce pays, le Pentagone indique qu'il n'aura plus recours à cette autorisation.

Selon certaines sources britanniques, le nombre de désertions au sein de la Garde républicaine irakienne augmenterait de façon considérable. Ces soldats tenteraient en effet de fuir les tirs d'artillerie et les bombardements incessants sur leurs positions au nord du Koweït.

Réunis à Luxembourg, les 12 ministres des Affaires étrangères de la CEE ne parviennent pas à s'entendre pour adopter une position commune sur le plan de paix soviétique.

Sabah al-Ahmed al-Sabah, ministre koweïtien des Affaires étrangères, rejette toute négociation avec le Président irakien, même si ce dernier accepte d'évacuer le Koweït.

Un 36ème SCUD frappe Israël, sans faire de dégâts ni de victimes. Les autorités de Tel-Aviv précisent que les tirs irakiens semblent viser désormais des endroits inhabités. Radio-Bagdad affirme de son côté que les 3 derniers SCUD tirés sur Israël visaient les installations nucléaires israéliennes dans le désert du Néguev.

S'inspirant du film "Les douze salopards", plusieurs détenus d'une prison du Kentucky se portent volontaires pour aller combattre les Irakiens.

Les 700 Français du 2ème RIMa quittent Yanbu où ils viennent de débarquer pour rejoindre le front.

Ils ont dit :
   

Turgut Ozal, président de la Turquie : Le meilleur moyen d'arrêter la guerre est de "briser les reins de Saddam."
Général Norman Schwarzkopf, commandant en chef des forces coalisées : L'armée irakienne est "au bord de l'effondrement".
Evgueni Primakov, ministre soviétique des Affaires étrangères : "Si une opération terrestre massive était déclenchée sans examiner le plan Gorbatchev et sans connaître la décision de l'Irak, ce serait assumer une grande responsabilité devant l'Histoire" (Télévision américaine ABC).

 

 

 

Chronologie des événements - février 1991

Les bombardements sur l'Irak s'intensifient et les alertes aux SCUD s'enchaînent en Israël et en Arabie Saoudite. Une enquête est lancée après la mort mystérieuse de GI's à Khafji. L'Iran tente des médiations entre l'Irak et les Alliés et propose une conférence de paix à Téhéran. A la demande de George Bush, Colin Powell et Dick Cheney sont en visite dans le Golfe.

Les artilleries alliées se massent le long de la frontière irakienne pour préparer l'offensive terrestre. Des polémiques éclatent en Occident après le bombardement par les Alliés d'une étrange usine de lait en poudre et d'un abri anti-aérien dans le quartier d'Amriya, à Bagdad. A Tel-Aviv, désertée par sa population, les alertes aux SCUD sont quotidiennes. Alors que tout le monde s'attend au déclenchement de l'offensive terrestre, Saddam Hussein se dit prêt à évacuer le Koweït. Sous certaines conditions...

La Turquie reçoit des renforts de l'OTAN pour faire face à une éventuelle attaque de l'Irak. Les médias français se plaignent de la censure imposée par les autorités françaises. Jamais auparavant un conflit n'avait été aussi médiatisé et censuré... L'URSS tente un plan de paix entre l'Irak et les Alliés.
Pendant que le choléra et les pénuries de nourriture font leur apparition à Bagdad, Washington adresse un ultimatum à Bagdad...

Après l'expiration de l'ultimatum, les Alliés lancent une vaste offensive terrestre. Les Américains attaquent la Garde républicaine irakienne, les Britanniques visent Bassorah et les Français prennent As-Salman. Les Saoudiens et les Koweïtiens libèrent Koweït-City. Après 4 jours de guerre, l'armée irakienne est balayée et le Koweït est libéré.

 

Galerie de photos
  • image 1
  • image 2
  • image 3
  • image 4
  • image 5
  • image 6
  • image 7
  • image 8
En vidéo


George Bush rejette le plan de paix soviétique (24 minutes)
FR3 - Journal de 19h30 - 19 février 1991


Documentaire - Tempête du Désert : la guerre aérienne (52 minutes)
Réalisation : Philippe BUFFON


Documentaire - Guerre du golfe : autopsie d'un conflit (59 minutes)
Réalisation : Patrice BARRAT ; Olivier DA LAGE ; Assaad HAIDAR