jeudi 14 février 1991

L'aviation alliée effectue 2.800 sorties. 3 rampes de lancement de SCUD pointées vers Israël sont détruites, et une centrale électrique est rasée à Oum Qasr. Les Alliés perdent 2 avions (un Tornado britannique et un F-111 américain) et 3 aviateurs.

 

Michel Rocard en visite dans le Golfe.
Après avoir visité le P.C. de l'opération Daguet, et survolé en hélicoptère l'ensemble des positions françaises, le Premier ministre français Michel Rocard inspecte des éléments du 4ème RD, en compagnie du nouveau ministre de la Défense, Pierre Joxe. Rocard s'est montré très intéressé par l'équipement des soldats : "Et les tubes là, c'est quoi?" a-t-il demandé à un soldat qui lui a répondu : "Des lance-roquettes, monsieur le Premier ministre". L'inspection des troupes françaises, qui n'a duré qu'une demi-heure, a été en même temps l'occasion de prendre contact avec la brigade parachutiste américaine qui se trouve intégrée au dispositif français. Après cette visite aux forces terrestres, le Premier ministre est allé à al-Ahsa pour y rencontrer les aviateurs et le roi Fahd d'Arabie. Lors d'une conférence de presse, Rocard a déploré le nombre de victimes dû au bombardement du bunker d'Amriya tout en précisant qu'elles étaient "victimes de Saddam Hussein". Il s'est aussi rendu à Taëf pour s'entretenir avec le gouvernement koweïtien en exil.

Faut-il utiliser l'arme nucléaire contre les forces irakiennes?
Dan Burton, élu républicain de l'Indiana, et membre de la Commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants y est favorable. Dans une interview publiée aujourd'hui par l'hebdomadaire français L'événement du jeudi, il affirme que cette idée est de plus en plus approuvée au sein du Congrès américain. "Ils ne veulent pas voir mourir des dizaines de milliers de jeunes Américains, explique-t-il. Mais ils ne l'expriment pas publiquement." Le sujet est en effet tabou puisqu'il divise la coalition, la France et le monde arabe étant opposés à l'emploi d'une arme nucléaire contre les troupes irakiennes. Pourtant, Dan Burton rejette un risque d'implosion de la coalition en cas d'usage d'une telle arme : "L'intérêt premier de nos alliés arabes dans la coalition est de voir disparaître Saddam Hussein. Publiquement, ils condamneraient. En privé, ils nous approuveraient..."

Bilan provisoire des pertes alliées et irakiennes.
L'état-major américain annonce sa plus grosse perte en une seule journée depuis le déclenchement des hostilités : un soldat américain est tué, 12 sont blessés, 28 sont portés disparus et 8 sont faits prisonniers par les Irakiens. Le général Richard Neal, porte-parole du commandement américain, affirme de son côté que le tiers du potentiel militaire irakien est détruit, soit 1.300 chars sur 4.000, 1.100 pièces d'artillerie sur 3.200, 800 blindés légers sur 4.000 et 50% des bunkers. En 5 jours de guerre, les Alliés sont passés de 20 à 33% du potentiel irakien détruit. Un pourcentage qui risque de s'accroître avec l'arrivée dans les eaux du Golfe d'un 7ème porte-avions américain : l'USS America.

Réactions au lendemain du bombardement d'Amriya.
Au lendemain du bombardement d'Amriya, la presse américaine minimise cette bavure. "Non coupable" titre en première page le Washington Post, alors que USA Today assure : "Nous avons agi en toute bonne foi". En France, la situation est toute autre : les images venant de Bagdad montrent un bâtiment surmonté d'une banale antenne de télévision, et qui n'a pas été repeint aux couleurs du camouflage irakien. Livide devant les ruines du bunker, Isabelle Baechler, correspondante de la chaîne Antenne 2, affirme n'avoir vu aucune trace du bunker militaire décrit par les Américains. La Jordanie et l'Algérie décrètent chacune un deuil national, les drapeaux tunisiens sont en berne et Pékin s'inquiète. Après le ministre italien de la Défense, c'est l'Espagne qui réclame un arrêt des bombardements sur les villes irakiennes. Le roi Hussein n'hésite pas à adresser un message au Conseil de sécurité de l'ONU pour lui demander de mettre un terme au conflit et pour critiquer cette "violation flagrante des Droits de l'Homme". La presse jordanienne, fermement opposée au conflit, dénonce ce qu'elle appelle un "génocide" contre le peuple irakien. "Nous sommes absolument certains d'avoir touché la bonne cible" répète le général Neal à Riyad. "Nous savons qui a construit ce bunker. Nous savons pourquoi il a été construit à l'origine. Nous savons quand il a été modifié" assure un officier américain. Preuve de la duplicité irakienne, les Américains assurent, d'après le New York Times, que l'hôtel Al-Rachid de Bagdad où logent les journalistes occidentaux abriterait un important centre de télécommunications militaires.

Débats à huis clos au Conseil de sécurité de l'ONU.
Pour la première fois depuis 1975, le Conseil de sécurité des Nations Unies s'est réuni cet après-midi en consultation privée, selon la terminologie officielle, pour débattre de la guerre dans le Golfe. Cette décision d'écarter public et journalistes des discussions, pour permettre des débats "plus constructifs", a été votée hier soir avec 9 voix pour (USA, URSS, France, Grande-Bretagne, Belgique, Autriche, Côte-d'Ivoire, Roumanie et Zaïre), 2 contre (Cuba et Yémen) et 4 abstentions (Chine, Inde, Equateur et Zimbabwe). Pour protester contre ce huis-clos, le Yemen, Cuba et les pays du Maghreb ont refusé de participer aux débats, contrairement aux représentants de l'OLP et de l'Irak qui étaient présents. Aucune fuite n'est sortie de ce huis-clos exceptionnel.

Critiques contre la famille royale de Grande-Bretagne.
Un sondage du quotidien britannique Today montre que 83% des Britanniques sont "écoeurés" par le comportement de leur famille royale en ces temps de guerre. Aucun membre de la famille royale n'a pris part aux opérations militaires. On apprend ainsi dans la presse que le Duc d'Edimburg et le Prince Charles ont pris les armes... pour aller à la chasse, Sarah Ferguson dévale les pistes skiables des Alpes françaises, Lady Di fait les magasins... Un autre sondage paru aujourd'hui dans le Daily Mail montre que 54% des Britanniques souhaitent voir la famille de Sa Majesté annuler ses vacances et ses loisirs tant que des soldats britanniques se battront dans le Golfe. Et les critiques sont si vives au sein de la population et des tabloïds que le quotidien Today explique que "l'Angleterre vit la plus grande crise royale depuis l'abdication [d'Edouard VIII], il y a plus de 50 ans".

Nouvel appareil américain abattu par la DCA irakienne.
Le général Richard Neal révèle qu'un EF-111A américain, spécialisé dans le brouillage des radars et des communications radio, est abattu par la DCA irakienne et s'écrase au nord de l'Arabie Saoudite. Ses 2 occupants sont morts, ce qui porte à 45 le nombre de pilotes alliés portés disparus. De son côté, l'état-major américain affirme que l'hôtel Al-Rachid de Bagdad, où logent les correspondants de la chaîne américaine CNN, abrite un important centre de communications militaire.

La mode est à l'humour noir en Israël.
Epuisés par plusieurs semaines d'angoisse, de couvre-feu ou de consignes de prudence, les Israéliens commencent à resortir. La fréquentation des salles de cinéma augmente après s'être effondrée il y a un mois. A la télévision, les comiques israéliens détournent les événements dramatiques dans leurs sketchs. Et l'humour noir est de rigueur : "Quel est le point commun entre Hiroshima, Nagasaki et Bagdad? Il n'y en a pas... pour l'instant." Ou encore : "Saviez-vous que les écoliers israéliens ne traversent plus la rue sans regarder à gauche, à droite... et en l'air?" Et pour terminer : Pourquoi le Premier ministre Shamir ne peut pas rendre les Territoires occupés ? "Car ils ont tous été mis au nom de sa femme". Des histoires "drôles" impensables il y a encore un mois...

La chaîne américaine CNN serait-elle manipulée ?
Le débat est lancé depuis qu'elle a diffusé, il y a quelques jours, les images d'une jeune femme en jogging sur un tas de décombres dans un quartier résidentiel de Bagdad. Cette Irakienne dénonçait les bombardements américains contre les civils. Vérification faite, elle serait la collaboratrice d'un sous-secrétaire irakien aux Affaires étrangères. De plus, CNN est désormais accusée d'avoir prêté ses liaisons satellites aux Irakiens en échange de l'exclusivité de ses scoops. Ce que la direction de la chaîne basée à Atlanta dément catégoriquement...

En bref :
   

La First Lady Barbara Bush souhaite montrer à ses concitoyens que les transports aériens restent sûrs, malgré la guerre. C'est pourquoi elle prend place à bord d'un avion civil quelconque assurant la liaison entre Washington et Indianapolis, pour rencontrer des familles de militaires présents sur le front du Golfe.

En Israël, par crainte d'attentats perpétrés par les alliés palestiniens de Saddam Hussein, près de 350 militants du mouvement islamiste Hamas ont été arrêtés par les services de sécurité israéliens au cours des derniers jours en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

A Stockholm, un groupe d'Irakiens occupe le siège de la Croix-Rouge suédoise pour protester contre le bombardement de l'abri d'Amriya.

Le Pentagone affirme qu'il ne révélera pas l'identité des soldats américains tués par une erreur de tir. Les experts américains estiment que sur les 11 marines tombés à Khafji, 7 ont été tués par un missile américain.

Le président Gorbatchev accueille le ministre koweïtien des Affaires étrangères. Ce dernier dit avoir reçu l'assurance du Kremlin que l'URSS continuait à exiger le retrait des troupes irakiennes du Koweït.

 Un 7ème Tornado britannique est porté manquant lors d'un raid contre des aérodromes irakiens.

Ils ont dit :
 
Sondage :

 Le Comité central du Parti communiste français condamne "l'impérialisme" américain dans le Golfe.
Evgueni Primakov, émissaire du Kremlin, réclame une "pause de bonne volonté" après avoir trouvé "une certaine flexibilité chez les dirigeants irakiens".
Fouad Zakaria, philosophe irakien et professeur à l'université de Koweït-City : "La défaite de Saddam pourrait être celle de tous les extrémistes. (...) Les Arabes découvriront qu'ils ont suivi un faux prophète" (Hebdomadaire français L'Evénement du jeudi).
Michel Rocard, Premier ministre français, traite Saddam Hussein de "dictateur prédateur", rejette sur son "obstination" la responsabilité entière de la guerre et affirme que celle-ci "ne vise pas à briser un peuple et une nation, l'Irak".
Hassan II, roi du Maroc : "Il ne sera pas dit qu'une balle marocaine a tué un Irakien ou qu'un Marocain est mort d'une balle irakienne" (Hebdomadaire français L'Evènement du Jeudi).
Yasser Arafat, chef de l'OLP, à Bagdad : "J'ai dit que la guerre du Golfe durerait 3 ans. Le président a ri, et m'a dit que l'Irak pourrait supporter la guerre pendant 6 ans".Régis Debray, homme politique français : "Aussi fabuleuse que soit leur supériorité en puissance de feu , [les Américains] se mettaient, par une attaque frontale dévastatrice, psychologiquement et stratégiquement en position de faiblesse. Le temps joue pour le défenseur et contre l'attaquant, relisez Clausewitez" (Hebdomadaire français Nouvel Observateur).

 

Sondage Le Figaro - SOFRES - TF1, 72% des Français approuvent l'intervention de la France dans le Golfe, 70% ont une bonne opinion de François Mitterrand et 52% sont favorables à un renversement de Saddam Hussein.

Lu dans la presse :

Quotidien espagnol El Mundo : Au lendemain du bombardement d'Amriya, les civils irakiens s'en prennent aux journalistes étrangers et à leurs informations de propagande. Selon Alfredo Rojo, correspondant à Bagdad du journal : "Pour la première fois depuis le début de la guerre il y a 28 jours, quelques personnes lancent des objets contre des correspondants étrangers apeurés".
Quotidien japonais : Des avions-cargos iraniens transportent en Irak de l'armement et des pièces détachées violant ainsi l'embargo international.

Attentats :

Emirats Arabes Unis : A Dubaï, un porte-parole de l'ambassade d'Italie annonce qu'un marin des forces navales italiennes déployées dans le Golfe est mort poignardé dans la principale rue de Dubaï.
Jordanie : Dans les rues d'Amman, un jeune touriste allemand, pris pour un Américain, est gravement blessé de plusieurs coups de couteau par un Jordanien désireux de "venger la nation arabe".
Grèce : Une bombe détruit le véhicule Renault Espace du lycée français d'Athènes.

 

Chronologie des événements - février 1991

Les bombardements sur l'Irak s'intensifient et les alertes aux SCUD s'enchaînent en Israël et en Arabie Saoudite. Une enquête est lancée après la mort mystérieuse de GI's à Khafji. L'Iran tente des médiations entre l'Irak et les Alliés et propose une conférence de paix à Téhéran. A la demande de George Bush, Colin Powell et Dick Cheney sont en visite dans le Golfe.

Les artilleries alliées se massent le long de la frontière irakienne pour préparer l'offensive terrestre. Des polémiques éclatent en Occident après le bombardement par les Alliés d'une étrange usine de lait en poudre et d'un abri anti-aérien dans le quartier d'Amriya, à Bagdad. A Tel-Aviv, désertée par sa population, les alertes aux SCUD sont quotidiennes. Alors que tout le monde s'attend au déclenchement de l'offensive terrestre, Saddam Hussein se dit prêt à évacuer le Koweït. Sous certaines conditions...

La Turquie reçoit des renforts de l'OTAN pour faire face à une éventuelle attaque de l'Irak. Les médias français se plaignent de la censure imposée par les autorités françaises. Jamais auparavant un conflit n'avait été aussi médiatisé et censuré... L'URSS tente un plan de paix entre l'Irak et les Alliés.
Pendant que le choléra et les pénuries de nourriture font leur apparition à Bagdad, Washington adresse un ultimatum à Bagdad...

Après l'expiration de l'ultimatum, les Alliés lancent une vaste offensive terrestre. Les Américains attaquent la Garde républicaine irakienne, les Britanniques visent Bassorah et les Français prennent As-Salman. Les Saoudiens et les Koweïtiens libèrent Koweït-City. Après 4 jours de guerre, l'armée irakienne est balayée et le Koweït est libéré.

 

Gallerie de photos
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En vidéo


Bagdad toujours bombardée (25 minutes)
FR3 - Journal de 19h30 - 14 février 1991


Michel Rocard dans le Golfe et l'aviation alliée (4 minutes)
BBC - Télévision britannique (extrait en anglais) - 14 février 1991


Les victimes civiles à Bagdad (13 minutes)
CBS - Télévision américaine (extrait 1 - en anglais) - 14 février 1991


Les bombardements alliés (13 minutes)
CBS - Télévision américaine (extrait 2 - en anglais) - 14 février 1991