lundi 28 janvier 1991


L'aviation alliée effectue 2.500 sorties, franchissant le cap des 25.000 sorties depuis le 17 janvier. Un AV-8 Harrier des Marines américains est abattu, portant à 25 le nombre d'appareils alliés perdus depuis le début du conflit. Selon Bagdad, 203 avions et missiles alliés ont été abattus depuis le 17 janvier, 90 soldats et 324 civils irakiens auraient été tués.

Interview de Saddam Hussein sur CNN.
Tout le monde se demandait ce que devenait Saddam Hussein depuis le début de la guerre. Il vient de réapparaître en public et il est en pleine forme. Il a accordé une interview de près de 2 heures au seul journaliste occidental autorisé à rester dans la capitale irakienne, Peter Arnett, le correspondant de guerre de la chaîne américaine CNN. En attendant la retransmission intégrale de cet entretien, les extraits diffusés par satellite permettent de découvrir un président irakien décontracté, confiant et persuadé de "l'échec" de l'offensive alliée. Le chef de l'Etat irakien s'est montré totalement résolu à mener à bien ce combat qui "oppose la foi aux infidèles." Interrogé sur la position de l'Iran dans le conflit, Saddam Hussein a évoqué la possibilité d'employer de nouveau ses avions réfugiés en territoire iranien, en précisant qu'il étudiait "chaque problème en son temps". Mais une chose est sûre, l'Iran et l'Irak peuvent s'unir dans cette guerre "malgré les circonstances du passé". Et de conclure en menaçant Israël d'attaques de SCUD "à capacité chimique, biologique et nucléaire".

Marée noire dans le Golfe.
Alors que le monde s'interroge sur l'origine de la marée noire dans le Golfe (sabotage de 5 pétroliers par les Irakiens ou bombardements intensifs des Alliés sur un terminal koweïtien ?), des F-111 de l'US Air Force larguent des bombes à guidage laser GBU-15 sur les terminaux pétroliers du Koweït, pour tenter d'arrêter la marée noire. Malgré la présence d'un navire irakien en flammes, incendié par un raid allié, la mission s'est bien déroulée. Mais il reste toujours une nappe de pétrole de 750 km2 dérivant en direction des usines de dessalement de l'Arabie Saoudite, du Bahreïn et d'Iran. Face à l'urgence de la situation, Téhéran lance un appel aux organisations internationales spécialisées dans la lutte contre les marées noires.

Alerte aux SCUD en Israël.
Nouvelle alerte sur tout le territoire israélien à 21h08 heure locale. Un SCUD visant Tel-Aviv tombe à 300m d'un village palestinien, où les habitants ne sont pas équipés de masques à gaz. D'après les autorités de Cisjordanie, il n'y a aucune victime. Mais une rumeur se répand en Israël. Les habitants, qui fuient Tel-Aviv par milliers, craignent que l'Irak, qui a perdu la guerre conventionnelle, n'utilise des armes chimiques pour provoquer l'entrée en guerre d'Israël et ainsi diviser la coalition anti-irakienne.

Les soldats koweïtiens s'entraînent avec les Américains.
Des équipes de Special Forces US appartenant au 5ème SFG continuent l'entraînement d'unités koweïtiennes ayant réussi à s'échapper après l'invasion irakienne du 2 août 1990. Les Américains forment ces unités en vue de sabotages et de reconnaissances profondes, avant une attaque terrestre. Car les Koweïtiens, malgré les patrouilles irakiennes et les 3 lignes de défense, n'ont aucune difficulté à passer au travers et effectuer du renseignement. Déguisés en Bédouins, ceux-ci fournissent également de l'argent aux civils encore présents à Koweït-City pour leur permettre de s'acheter à manger. C'est une nouvelle forme de résistance passive, la résistance ayant cessé toute action, sur ordre du gouvernement en exil, depuis la mi-septembre. A l'origine composée de 4 brigades, l'armée koweïtienne aligne seulement 2 brigades blindées, dont une n'a plus de chars. Aussi, les Koweïtiens viennent de recevoir leurs premiers chars T-72 d'origine yougoslave, sur les 200 commandés.

L'armée scandalisée par TF1 qui a filmé des soldats français mécontents.
Au lendemain de l'interview de l'amiral Lanxade sur TF1, la chaîne française est de nouveau au centre d'une polémique en France. En effet, un reportage sur le moral des troupes françaises est diffusé dans le journal de 20h présenté par Patrick Poivre d'Arvor. Aux questions posées par les journalistes, les réponses fusent. La nourriture ? "Tous les jours la même chose : mouton, haricots et ratatouille." L'eau ? "On en manque, surtout pour les douches." L'information ? "L'angoisse, c'est qu'on ne sait rien". A la question "Vous ne pouvez pas discuter avec vos officiers ?", un soldat français répond : "Le soir où ça a été déclenché, on ne l'a su que le lendemain ! Le capitaine ne nous l'a dit que le lendemain !" Quant aux buts de cette guerre, ils restent vagues : "Peut-être le pétrole, ou l'économie." Et un soldat conclut le reportage : "Moi je pense qu'on n'a rien à faire ici..." Un moral des troupes plutôt bas qui agace aussi bien la hiérarchie militaire que le gouvernement français. Les sanctions à l'encontre de ces soldats et de la chaîne de télévision ne devraient pas tarder...

Interrogations sur les avions irakiens réfugiés en Iran.
Les autorités de Téhéran proposent un plan de paix qui insiste sur le retrait simultané des troupes irakiennes du Koweït et des troupes occidentales du Golfe. L'Iran rappelle également sa neutralité dans le conflit. Pourtant, d'après les dernières rumeurs, plus de 100 avions irakiens (chasseurs, bombardiers et avions de transport) seraient en sécurité en Iran. 69 d'entre eux ont quitté l'Irak en 3 jours seulement. Saddam Hussein a également ordonné aux pilotes civils de laisser leurs appareils sur des aéroports commerciaux au Yemen, en Mauritanie et au Soudan. La thèse de la désertion en masse de pilotes irakiens défendue par Washington paraît peu plausible. La France voit plutôt en cet exode une mise à l'abri des avions ne pouvant trouver place dans les bunkers souterrains. Le mystère demeure : l'Iran s'est contenté de répondre que ces avions seront saisis jusqu'à la fin de la guerre...

L'US Air Force détruit une colonne de blindés irakiens.
Durant la nuit, des chasseurs bombardiers américains détruisent une colonne de 24 blindés irakiens. Des marines en reconnaissance avaient repéré le mouvement le long de la frontière. C'est la première fois qu'un mouvement important de troupes adverses a pu être interrompu dans sa progression. L'état-major américain se réjouit déjà de la bonne coordination entre forces terrestres et forces aériennes. Un succès qui donne confiance au Pentagone à la veille d'une offensive terrestre de grande ampleur...

En bref :
   

Les sirènes retentissent de nouveau à Riyad, et des missiles anti-missiles Patriot sont tirés. Mais c'est une fausse alerte : aucun missile irakien n'a été lancé.

Au Koweït, certains vols de la compagnie nationale Kuwait Airways reprennent, après leur suspension survenue peu après l'invasion de l'émirat.

La Libye s'inquiétant de la participation française dans le conflit, Paris assure Tripoli que les opérations militaires en cours en Irak ne visent que des cibles militaires.

La direction de la chaîne de télévision américaine CBS annonce que le journaliste Bob Simon et ses 3 coéquipiers, disparus à la frontière koweïtienne le 25 janvier, ont bel et bien été capturés par les Irakiens.

Autre conséquence de la guerre du Golfe en Jordanie : plus de 400 bébés, nés depuis août 1990, se prénomment Saddam, et cet engouement s'accroît de jour en jour, puisque cela devrait représenter 3 petits garçons sur 10.

D'après l'état-major américain, une trentaine de soldats irakiens serait prête à se rendre aux Alliés sur l'îlot koweïtien d'Umm al-Maradin, à quelques kilomètres de l'île de Qurah, libérée le 24 janvier par les Américains.

Alors qu'un 5ème bateau belge, le dragueur de mines Dianthus, part pour le Golfe, le gouvernement belge estime à plus de 80 millions de dollars le coût de la guerre pour son pays.

Les exportations de blé duCanada vers l'Iran ont augmenté de 400% ces 6 derniers mois. Les autorités militaires craignent que Téhéran en revende secrètement à Bagdad.

Le gouvernement marocain autorise une grève générale décidée par les syndicats, en soutien à l'Irak.

Ils ont dit :
   

Pierre Mauroy, Premier secrétaire du Parti socialiste français, arrive à Tel-Aviv pour exprimer "la solidarité de la France" au gouvernement israélien.
Yitzhak Shamir, Premier ministre israélien,menace l'Irak : "Si Saddam Hussein lance une attaque chimique contre Israël, il mettra sa personne et son pays en très grand danger." Certains en Occident y voient une menace d'utilisation de l'arme nucléaire...
George Bush, président des USA, mène une guerre "juste et morale" et précise qu'il ne cherche pas à détruire l'Irak.

   
Chronologie des événements - janvier 1991

Les places financières s'effondrent, l'inquiétude des populations et le prix de l'essence augmentent. L'Occident redoute des attaques terroristes en cas de conflit. Le tourisme international est paralysé, les compagnies aériennes en pâtissent. A Genève a lieu la rencontre de la dernière chance entre Tarek Aziz et James Baker. C'est l'échec : l'Irak menace Israël, l'Amérique menace l'Irak...

Les pacifistes du monde entier se mobilisent. A Bagdad, les ambassades ferment les unes après les autres, et en Israël, la population s'équipe en masques à gaz. Sur toutes les télévisions, le compte à rebours est enclenché. Et l'ultimatum de l'ONU expire... Le Parlement français vote pour la guerre. Les journalistes venus du monde entier s'entassent dans les hôtels de Riyad où les exercices d'alerte s'enchaînent.

En direct sur CNN, l'aviation américaine lance l'opération Tempête du désert. L'Irak riposte en lançant des missiles sur l'Arabie Saoudite et Israël. Le monde entier incite l'Etat hébreu à ne pas riposter. Une attaque israélienne contre l'Irak provoquerait la fin de la coalition arabo-occidentale. Capturés par les troupes irakiennes, 7 pilotes alliés sont exhibés sur Radio-Bagdad.

En plein conflit, Saddam Hussein accorde une interview à CNN. Alors que l'Irak est bombardé sans relâche, l'aviation irakienne trouve refuge en Iran.
Les Irakiens provoqueraient une marée noire dans le Golfe pour éviter un débarquement allié au Koweït. Les troupes terrestres irakiennes passent à l'attaque en Arabie Saoudite. La contre-offensive alliée est importante. Après 2 jours de combats acharnés, l'armée irakienne subit un lourd revers.

 

février 1991

Galerie de photos
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En vidéo


L'aviation française bombarde l'Irak (26 minutes)
Interview de l'ambassadeur d'Arabie Saoudite en France
FR3 - Journal de 19h30 - 28 janvier 1991


Le COTAM (Commandement du Transport Aérien Militaire) - (2 minutes)
FR3 - Journal de 22h30 (extrait) - 28 janvier 1991


Interview de Saddam Hussein (39 minutes)
CNN - Télévision américaine (extrait en anglais) - 28 janvier 1991


Des avions irakiens trouvent refuge en Iran (4 minutes)
NBC - Télévision américaine (extrait en anglais) - 28 janvier 1991


12ème jour de guerre (30 minutes)
Fait unique pendant la guerre du Golfe, la chaîne ouvre son journal sur un autre thème que la guerre, faisant chuter son audience
Antenne 2 - Journal de 20h - 28 janvier 1991