lundi 14 janvier 1991

La France se prépare à la guerre.
En France, face aux risques de guerre, le Conseil des ministres réquisitionne les avions civils par décret et Air France suspend ses vols vers la péninsule arabique et la Jordanie. La population stocke de l'huile, du sucre et des pâtes, qui se raréfient dans toutes les grandes surfaces. Des dizaines de Parisiens assistent à une messe pour la paix à l'appel de l'archevèque de Paris. Face à l'urgence de la crise, la réunion extraordinaire du Parlement est avancée de 24h, alors que le président Mitterrand reçoit une dernière fois l'ambassadeur irakien en poste en France. Les journalistes chargés de couvrir les événements du Golfe reçoivent des équipements destinés à les préserver des armes chimiques. Il ne reste plus désormais que 6.000 Français en poste pour la plupart en Arabie Saoudite. Et par crainte d'actes terroristes, l'Enduro du Touquet et le carnaval de Dunkerque sont annulés, et le Midem de Cannes est reporté.

L'Amérique prête à l'action.
Washington informe Bagdad que la coalition alliée mandatée par l'ONU et regroupant une trentaine de pays, est prête politiquement, économiquement et militairement à toute éventualité après le 15 janvier. Mais le recours à la diplomatie n'est cependant pas exclu. Sur le terrain, la pression monte. "Ce sera un tapis de bombes 24 heures sur 24. Il y aura plusieurs jours et plusieurs nuits terribles avant une attaque au sol" prédit un colonel du Tactical Air Command. La principale préoccupation des soldats alliés, pour l'heure, ce sont les risques d'attaque chimique. "Beaucoup de nos boys préféreraient prendre une balle dans la tête que respirer cette merde" confie le commandant d'une unité de marines.

Interview d'Avi Pazner sur Antenne 2.
Le porte-parole du gouvernement israélien, Avi Pazner, réitère de nouveau ses menaces à l'encontre de l'Irak sur la chaîne de télévision française Antenne 2 (aujourd'hui France 2) en déclarant : "Nous exercerons notre droit à la légitime défense et nous nous défendrons", tout en contredisant l'avis des Américains qui voient en une riposte israélienne une implosion de la coalition internationale. La seule menace du monde arabe, explique-t-il, est l'Irak et non Israël.

Les inquiétudes des Saoudiens.
Alors que les distributions de masques à gaz se poursuivent, la population saoudienne s'inquiète de plus en plus des menaces irakiennes d'attaque chimique contre l'Arabie. De nombreux travailleurs immigrés (pour la plupart Philippins) ont quitté le pays ces derniers jours. Quant à la population locale, elle déserte le nord de l'Arabie pour le sud moins exposé. Ainsi, à 70 km de la frontière irakienne, la ville d'Haffar Al-Battin (50.000 habitants), devenue base arrière des troupes américaines, s'est vidée des 3/4 de sa population en l'espace de quelques jours...

La diplomatie s'accèlère...

La France propose au Conseil de sécurité un plan en six points (retrait irakien, traité de non-agression, conférence internationale...), soutenu par la Libye, l'Espagne et l'URSS, mais rejeté par les USA, Israël et la Grande-Bretagne. "Ce plan lie la question palestinienne à la crise du Golfe, ce que nous ne pouvons accepter" a expliqué un diplomate américain.
Le gouvernement irakien invite Roland Dumas, ministre français des Affaires étrangères, à Bagdad, sans pour autant donner de garanties quant à son désir de négocier.
Le Président de la Communauté européenne, le Luxembourgeois Jacques Poos, rencontre Yasser Arafat pour étudier un plan de paix élaboré par l'OLP.
Le Président algérien, Chadli Bendjedid, rencontre à nouveau Saddam Hussein à Bagdad.
Le Président irakien reçoit dans la foulée le Premier ministre yéménite qui lui propose un plan de paix (évacuation du Koweït, remplacement des troupes occidentales par des troupes arabes...) accepté par l'Egypte, la France et les Etats-Unis.
Le Premier ministre britannique John Major rencontre le président français François Mitterrand.

En bref :
   

Les autorités israéliennes organisent un exercice d'alerte chimique de grande ampleur à Tel-Aviv. Face à la psychose qui règne au sein de la population et à la rumeur d'une attaque irakienne qui pourrait précéder la fin de l'ultimatum de l'ONU, aucun test des sirènes prévenant d'éventuels bombardements n'a été effectué.

Face aux demandes pressantes du Pentagone, les Américains résidant en Algérie sont rentrés en Amérique ces dernières 24 heures. Il ne reste plus que 5 Américains dans ce pays, en poste à l'ambassade des USA à Alger.

Le Parlement irakien confie à Saddam Hussein les pleins pouvoirs pour conduire la guerre. "Le peuple américain rejettera la guerre que lui impose George Bush" prédit le président de l'Assemblée nationale.

A l'appel du FIS (Front Islamique du Salut), 10.000 personnes manifestent en faveur de la guerre sainte dans les rues de la capitale algérienne.

Le Haut-Commissariat pour les réfugiés expédie 340.000 tentes et 30 tonnes de vivres destinées aux 4 pays exposés à une arrivée massive de réfugiés: la Syrie, la Turquie, la Jordanie et l'Iran. De son côté, le CICR renforce son dispositif au Moyen-Orient en envoyant sur place 9 équipes médicales mobiles.

Les USA renforcent leur puissance aéronavale dans le Golfe avec l'arrivée du porte-avions USS Theodore Roosevelt, et avec le départ de l'America.

Plusieurs centaines d'Américains se bousculent à l'aéroport de Tel-Aviv pour monter dans un Boeing de la Pan-Am, à destination de New York. Il s'agit là du dernier vol pour l'Occident. Près d'un millier de ressortissants étrangers résidant dans les pays du Golfe ont été rapatriés au cours des dernières 36h.

Saddam Hussein donne l'ordre d'inscrire sur tous les drapeaux officiels irakiens la mention "Allah Akbar" (Dieu est grand).

Les inquiètudes précédant tout conflit n'épargne pas les marchés boursiers, qui, à la veille de l'expiration de l'ultimatum de l'ONU, continuent leur dégringolade. A la Bourse de Wall Street, qui clôt sur une baisse de 30 points, le prix du baril de pétrole est en hausse de 5 dollars, dépassant de nouveau les 30 $. Quant à la Bourse de Londres, elle recule de 1,2%, Madrid perd 2,1%, Milan 3,13%, Paris chute de 3,6% et Francfort de 3,94%.

En Jordanie, 9.000 personnes, principalement des Palestiniens, manifestent à Amman leur soutien à l'Irak.

Lu dans la presse :
 
Sondage :

Quotidien irakien al-Joumhourya : "La guerre est imminente" est le titre que le journal gouvernemental a choisi pour sa une. Il précise dans son article que "la bataille qui s'annonce sera la plus noble jamais menée par les Arabes", et précise que "les positions des envahisseurs impérialistes seront transformées en bouquet de flammes".

 

Sondage SOFRES - Le Monde - TF1 : 70% des Français estiment que la France a fait tout ce qu'elle pouvait pour éviter la guerre et 65% approuvent la politique menée par Mitterrand. Pour 44% des personnes interrogées, le conflit ne devrait durer que quelques semaines, mais 25% craignent qu'il ne dégénère en troisième guerre mondiale.

Attentat :

Tunisie : Un peu avant minuit, un homme armé pénètre dans le salon d'une villa de Carthage, près de Tunis, et fait feu sur Abou Iyad, bras droit de Yasser Arafat, et sur ses adjoints Fakhri al-Amri et Hael Abdel Hamid. Les soupçons de l'OLP se portent aussitôt sur Israël et le Mossad, qui nient toute implication. Pourtant, avec le soutien d'Arafat pour Saddam Hussein, les pistes sont nombreuses...

 

Chronologie des événements - janvier 1991

Les places financières s'effondrent, l'inquiétude des populations et le prix de l'essence augmentent. L'Occident redoute des attaques terroristes en cas de conflit. Le tourisme international est paralysé, les compagnies aériennes en pâtissent. A Genève a lieu la rencontre de la dernière chance entre Tarek Aziz et James Baker. C'est l'échec : l'Irak menace Israël, l'Amérique menace l'Irak...

Les pacifistes du monde entier se mobilisent. A Bagdad, les ambassades ferment les unes après les autres, et en Israël, la population s'équipe en masques à gaz. Sur toutes les télévisions, le compte à rebours est enclenché. Et l'ultimatum de l'ONU expire... Le Parlement français vote pour la guerre. Les journalistes venus du monde entier s'entassent dans les hôtels de Riyad où les exercices d'alerte s'enchaînent.

En direct sur CNN, l'aviation américaine lance l'opération Tempête du désert. L'Irak riposte en lançant des missiles sur l'Arabie Saoudite et Israël. Le monde entier incite l'Etat hébreu à ne pas riposter. Une attaque israélienne contre l'Irak provoquerait la fin de la coalition arabo-occidentale. Capturés par les troupes irakiennes, 7 pilotes alliés sont exhibés sur Radio-Bagdad.

En plein conflit, Saddam Hussein accorde une interview à CNN. Alors que l'Irak est bombardé sans relâche, l'aviation irakienne trouve refuge en Iran.
Les Irakiens provoqueraient une marée noire dans le Golfe pour éviter un débarquement allié au Koweït. Les troupes terrestres irakiennes passent à l'attaque en Arabie Saoudite. La contre-offensive alliée est importante. Après 2 jours de combats acharnés, l'armée irakienne subit un lourd revers.

 

février 1991

Galerie de photos
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En vidéo


En route pour la guerre ! (26 minutes)
FR3 - Journal de 19h30 - 14 janvier 1991


L'ambassadeur d'Irak reçu à l'Elysée (2 minutes)
FR3 - Journal de 22h30 - 14 janvier 1991

Annulation du carnaval de Dunkerque (2 minutes)
FR3 Nord-Pas-de-Calais (extrait) - 21 janvier 1991