mercredi 16 janvier 1991

0h : l'ultimatum de l'ONU expire

Le Parlement français vote pour la guerre à une écrasante majorité.
François Mitterrand a écrit une lettre à l'attention du Parlement, méthode rarement utilisée. Une lettre lue par Alain Poher au Sénat et Laurent Fabius à l'Assemblée Nationale. Debout dans les hémicycles, les parlementaires ont écouté ce message, dans lequel le chef de l'Etat expliquait "avec regret mais détermination, (que) le recours à la force armée pour contraindre l'Irak à évacuer le Koweït (était) désormais légitime". Et de conclure : "C'est pourquoi, j'ordonnerai l'emploi des moyens militaires que commande la participation de notre pays à la mise en oeuvre des résolutions des Nations Unies". Le Premier ministre Michel Rocard a enchaîné : "Une page nouvelle de l'aventure humaine s'ouvrira si la communauté internationale parvient à donner au droit une sanction sans laquelle il demeure théorique". Et de poursuivre : "Si nous nous honorons d'être pacifiques, nous nous devons d'être fermes. La volonté de paix est une chose. Une autre est l'impuissance. Et l'Histoire nous enseigne combien la seconde peut ruiner la première". L'Assemblée (par 523 voix contre 43 et 2 abstentions) et le Sénat (par 290 voix contre 25) ont ensuite voté à une large majorité, leur soutien au gouvernement pour l'engagement des troupes françaises dans le conflit, les leaders des partis politiques réclamant par la même occasion la démission du ministre de la Défense Jean-Pierre Chevènement dont les "amis" ont voté contre l'engagement militaire. "Lorsqu'on essaie d'éviter la guerre par le déshonneur, avait expliqué le président de l'Assemblée, on obtient le déshonneur puis la guerre".

Manifestations pro-Saddam à Bagdad.
Sur Radio-Bagdad, contrairement aux télévisions du monde entier, le premier titre du journal télévisé n'est pas l'expiration de l'ultimatum de l'ONU, mais "la récupération par l'Irak du Koweït, comme une branche rattachée à son tronc". Juste après le journal, la télévision irakienne diffuse des chansons de variétés, sentimentales de préférence, puisées dans le répertoire arabe.
Saddam Hussein brandissant la tête sanguinolante de George Bush au bout de son épée : c'est l'un des tableaux agités par les milliers de manifestants rassemblés hier dans les rues de Bagdad. Au risque de blasphémer, des affiches honorent Saddam Hussein de 99 noms, à l'image d'Allah : le Sage, le Fort, le Clairvoyant... Pendant plus de 2 heures, des soldats, des anciens combattants et des groupes de jeunes portant l'uniforme de leur lycée ou collège, défilent devant l'estrade où sont installés les dignitaires du parti Baas. Des pigeons censés représenter des colombes s'envolent. Puis, brusquement dans l'après-midi, les rues se vident, les magasins ferment. La foule enthousiaste est renvoyée à ses foyers et à son angoisse...

Le coût de la guerre.
Les experts américains du Congrès et du Pentagone estiment que la première journée de l'opération Tempête du Désert coûtera aux USA au moins 500 millions de dollars selon des estimations non confirmées par l'Administration. L'évaluation des dépenses comprend pour poste principal la centaine de missiles Tomahawk, au prix unitaire de 1,3 million de dollars, qui doivent être lancés par des navires de guerre et par des sous-marins. Les prévisions budgétaires décidées par l'administration américaine pour le prochain budget se situe dans une fourchette assez large : entre 28 et 86 milliards de dollars selon la durée du conflit. Selon la chaîne américaine CNN, qui cite le centre américain d'information de la Défense, le coût quotidien de l'opération Bouclier du Désert s'élèverait à 70 millions de dollars. En France, la direction du budget table avec beaucoup de précautions sur une dépense militaire supplémentaire de l'ordre de 5 milliards de dollars.

Les Etats-Unis demandent aux Américains de quitter l'Irak.
Le Pentagone réclame le départ immédiat de tous les ressortissants occidentaux se trouvant encore en Irak. Cette demande vise essentiellement les dizaines de journalistes américains se trouvant encore à Bagdad. Certaines rédactions rappellent dores-et-déjà leurs envoyés spéciaux. Le ministère français des Affaires étrangères lance le même appel. Selon le ministère irakien de l'Information, les journalistes étrangers seraient encore 179 à Bagdad, dont 41 chaînes de télévision. Le Pentagone annonce également que 415.000 GI's et 265.000 soldats alliés sont en position, face à 545.000 soldats irakiens.

Israël se prépare à la guerre.
L'Etat hébreu ne possède pas d'hôpital militaire. En cas de catastrophe majeure, c'est tout le système hospitalier qui passe du civil au militaire, 32 établissements étant spécialement organisés pour faire face à une attaque chimique. Lors d'un exercice d'alerte, l'hôpital Ikhilov de Tel-Aviv, qui peut accueillir 6.000 blessés, a effectué ces dernières 48h, une simulation massive. Près de 300 blessés ont été traités en une heure, chacun recevant des soins en 10 minutes seulement. Des psychologues répondent également aux inquiétudes de la population sur les ondes des radios militaires et civiles. Dernière inovation destinée aux enfants : le masque à gaz à colorier. Une manière de dédramatiser les prochaines attaques chimiques...

Les Français d'Arabie Saoudite.
A ce jour, il reste toujours 1.750 Français en Arabie Saoudite, dont 15 enfants. Ils sont 478 à Riyad, 259 à Dhahran et moins de 1.000 à Djeddah. Venus travailler pour le compte de Saoudiens, ces Français, conformément à une pratique locale, ont remis leurs passeports à des intermédiaires qui les gardent jusqu'à expiration du contrat de travail liant l'employeur saoudien à l'employé français. Or, avec la crise du Golfe, bon nombre d'intermédiaires ont fui l'Arabie Saoudite, empêchant ainsi des milliers d'étrangers de quitter le royaume wahabite.

Les préparatifs de guerre vue par les places boursières.
Les préparatifs de guerre ont plongé les investisseurs dans l'angoisse. Cependant, ils préfèrent attendre la suite des événements avant de prendre des décisions. Par conséquent, contrairement à Tokyo (-3% à la clôture), les marchés financiers restent plutôt stables. A Francfort et à Madrid, la bourse a progressé de 0,2%. A Paris, la hausse est insignifiante : +0,03%. L'once d'or reste stable et s'échange à 408 dollars. Les investisseurs s'attendent à la voir côtée 425 $ les prochains jours. Seule la bourse de Tel-Aviv profite pleinement de la situation : +4%. En Israël, on mise beaucoup sur la rapidité du conflit et la victoire des Alliés...

Dernières heures de calme en Israël.
Par crainte des bombardements, les écoles et les crèches sont fermées dans tout l'Etat hébreu ainsi que dans les Territoires occupés. Au total, ce sont 1.250.000 écoliers qui restent chez eux avec leurs parents qui, pour la plupart, ne travaillent pas aujourd'hui. L'économie est paralysée toute la journée. Commerces fermés, administrations fonctionnant au ralenti, transports publics désertés... Dans les musées, les plus belles pièces sont calfeutrées dans les sous-sols. Quant aux matchs de foot et de basket prévus cette semaine, ils sont tout bonnement annulés. Et pour limiter les pertes économiques, certaines stations balnéaires, dont celle de Tibériade, offrent des nuits d'hôtel toute cette semaine. Quelques rares Israéliens en profitent pour vivre les dernières heures de calme... sur la plage.

Restrictions d'informations pour les journalistes français.
Les journalistes français de la télévision et de la radio (TF1, Antenne 2, FR3, Canal+, La Cinq, M6, RFO, Radio-France, RFI, RTL, Europe 1 et RMC) chargés de la couverture de la guerre du Golfe s'engagent auprès du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel à respecter 5 principes : * Vérifier l'exactitude des informations diffusées et en citer la source et la date ; * Ne pas divulguer d'informations de nature à mettre en péril la sécurité des forces françaises ou amies sur le terrain ;
* Veiller à ce qu'il ne soit pas fait une exploitation complaisante d'images difficilement supportables ;
* Ne rien faire qui puisse menacer la sécurité publique, notamment par la diffusion de renseignements propre à faciliter une action terroriste ;
* Veiller à ce que les documents diffusés ne soient pas susceptibles d'entraîner en France même des réactions de violence de la part ou à l'encontre des communautés étrangères.
Jamais auparavant le CSA n'avait imposé de tels principes à la presse française.

Comment fuir Bagdad à quelques heures de la guerre...
Les autorités l'ont dit : toutes les écoles et les administrations resteront ouvertes toute la journée. Un semblant de normalité... Dès le début de la matinée, l'ambassade de Jordanie, la dernière ambassade encore ouverte à Bagdad, est prise d'assaut par des dizaines de demandeurs de visas qui ont pour seul objectif de quitter l'Irak au plus vite. Pour cela, l'aéroport est un point de passage incontournable. Pour s'y rendre, les taxis ont considérablement augmenté leurs tarifs : 100 dinars la course (le salaire mensuel d'un employé en Irak). Sur place, plus de 200 personnes se bousculent pour avoir une place sur le vol 163 d'Iraqi Airways à destination d'Amman. Le vol, initialement prévu à 10h30, est repoussé d'heure en heure. Des rumeurs d'attaques alliées ou de prises d'otages renforcent l'inquiétude des passagers et contraignent les vigiles à confisquer les transistors et à démonter tous les téléphones de l'aéroport. Après de longues heures d'attente, le décollage a lieu à 17h30. Mais plusieurs dizaines de personnes n'ont pu prendre place à bord de l'appareil. C'est désormais chacun pour soi... Des journalistes italiens sont parvenus à affrêter un avion privé à prix d'or : 100.000 dollars. Une équipe de journalistes français a tenté par tous les moyens de prendre place à bord d'un Tupoleven partance pour Moscou. Sans succès. Dans la rue, la circulation est clairsemée. Beaucoup de soldats armés patrouillent, la plupart des magasins sont fermés car "personne ne veut acheter" explique un épicier en verifiant le verrouillage de sa boutique. Beaucoup de Bagdadis tentent de fuir la capitale irakienne en voiture ou en minibus loués pour l'occasion. Mais ceux qui n'ont pas la chance de s'exiler sous des cieux plus cléments tentent de se rassurer. "Saddam a annoncé ce matin qu'il se rendrait personnellement au Koweït afin d'y commander les troupes, commente un vendeur de thé de Bagdad. Ca veut dire que les combats auront lieu là-bas..."

François Mitterrand parle de guerre aux Français.
En direct à la télévision, le président François Mitterrand appelle avec solennité les Français à faire bloc autour de leurs soldats. "Sauf événement imprévu, donc improbable, les armes vont parler, la nation tout entière doit se sentir engagée", a déclaré le chef de l'Etat, en regrettant que "pas un mot, pas un signe" ne soit venu de Bagdad alors que l'ultimatum du Conseil de sécurité expire. "La patrie fera face aux heures difficiles qui s'annoncent en préservant son unité" déclare encore le chef du pouvoir exécutif, qui entend manifestement user des prérogatives de chef des armées que lui confère la Constitution. Le Président Mitterrand appelle également ses concitoyens à ne pas céder à la panique, comme c'est déjà le cas dans la plupart des grandes villes (Paris, Marseille et Avignon fotamment).  

Le plan de paix français critiqué dans la presse britannique.
L'initiative de paix de la France est très critiquée dans la presse. En Grande-Bretagne, on reproche à la France de faire cavalier seul, au risque de torpiller la coalition internationale. Ainsi, le Times condamne "l'égoïsme cynique" des autorités françaises, qui ont voulu "un peu de gloire" selon le Daily Telegraph. Celui-ci qualifie d'ailleurs François Mitterrand de "monarque manqué". Enfin, un haut fonctionnaire britannique explique en première page du journal Independent
que les Français "ont pris tout le monde pour des imbéciles". Ces critiques se retrouvent dans la presse israélienne, où l'on précise que la France "a cherché un moyen de sauver Saddam Hussein". Les initiatives de paix semblent dans une impasse. La presse britannique est également partagée quant à l'utilité de cette guerre. Alors que le Daily Star préconise une frappe nucléaire contre l'Irak, The Guardian explique dans son éditorial : "Le Premier ministre [John Major] s'est contenté de réciter les thèses connues, recueillies de deuxième main à Washington. Son discours n'était pas digne d'un pays indépendant prenant seul ses décisions".

Manifestations contre la guerre. Dans la nuit du 15 au 16 janvier, le standard de la Maison Blanche reçoit plus de 188.000 appels téléphoniques de pacifistes demandant l'annulation de toutes les interventions militaires. En France, 23 organisations pacifistes apportent leur soutien à David Ruis, le jeune appelé qui plaidait contre la guerre dans l'émission Ciel mon Mardi ! Une manifestation pour la paix rassemble à Paris quelques milliers de pacifistes et membres d'associations comme SOS-Racisme. La manifestation ayant été interdite pour "trouble de l'ordre public", un imposant dispositif policier est déployé pour empêcher les manifestants de se rendre au palais de l'Elysée, où quelques affrontements ont lieu. En Allemagne, des pacifistes campent devant la base militaire américaine de Francfort. Les pacifistes sont également plusieurs milliers à défiler à Mexico et Buenos Aires.

Mesures d'économie d'énergie en France, en Italie et aux Etats-Unis.
En France, par mesure de sécurité et d'économie, le stockage de l'essence et le remplissage de jerricans sont interdits. Face aux craintes de la population, les demandes de fuel ont doublé depuis le début de la semaine, faisant passer le prix du litre, en 2 jours, de 2,59 Francs (0,39 €) à 2,98 Francs (0,45 €).
Pour faire face à une éventuelle pénurie de pétrole, les autorités italiennes envisagent de puiser dans les 300.000 tonnes de pétrole de réserve du pays, et d'en remplacer 170.000 tonnes par du méthane. Aux USA, George Bush autorise son secrétaire à l'Energie James Watkins à puiser dans les réserves stratégiques américaines (stockées essentiellement dans le Golfe du Mexique) et à distribuer le pétrole selon les besoins du marché.

Les Etats-Unis demandent aux Américains de quitter l'Irak.
Le Pentagone réclame le départ immédiat de tous les ressortissants occidentaux se trouvant encore en Irak. Cette demande vise essentiellement les dizaines de journalistes américains se trouvant encore à Bagdad. Certaines rédactions rappellent dores-et-déjà leurs envoyés spéciaux. Le ministère français des Affaires étrangères lance le même appel. Selon le ministère irakien de l'Information, les journalistes étrangers seraient encore 179 à Bagdad, dont 41 chaînes de télévision. Le Pentagone annonce également que 415.000 GI's et 265.000 soldats alliés sont en position, face à 545.000 soldats irakiens.

Programmes bouleversés à la télévision israélienne.
La télévision israélienne bouleverse totalement ses programmes depuis ce matin. Ainsi, dès 6h, dans les émissions destinées aux enfants, les animateurs ont remplacé les dessins animés par des conseils de survie ou d'utilisation des masques à gaz. L'objectif est de rassurer les enfants israéliens qui ont parfois du mal à comprendre pourquoi il n'y a pas d'école aujourd'hui... Et dans une édition spéciale, un présentateur de latélévision israélienneexplique : "L'ultimatum vient de prendre fin, l'Irak n'a pas pressé sur la détente. Tous les Télex sont restés silencieux et tout est maintenant possible".

L'Argentine ne veut pas participer à la guerre.
L'Argentine a été le seul pays d'Amérique latine à participer avec des troupes à l'embargo commercial contre l'Irak. En octobre, elle a envoyé dans le Golfe 2 navires de guerre et 700 soldats. Mais une polémique a éclaté à Buenos-Aires sur la conduite à tenir en cas de conflit armé. La mission confiée au départ au destroyer Almirante-Brown et à la corvette Spiro était de fournir un appui logistique aux assaillants, si la guerre éclatait, mais de ne pas participer directement aux combats.

Interview du général Buis dans Le Parisien Libéré : Il y a un risque de guerre nucléaire.
Dans le quotidien  français Le Parisien Libéré, le général Buis explique que "rien ne peut être exclu. Les inconnues sont immenses. Les Israéliens ont averti qu'en cas d'attaque chimique, ils répondraient "au centuple". Dans leur esprit, cela peut vouloir dire l'emploi d'ogives nucléaires tactiques contre des cibles militaires ou terroristes contre Bagdad".

Le monde automobile en crise à cause du Golfe.
La crise du Golfe inquiète les ménages américains qui préfèrent économiser plutôt que dépenser. De ce fait, les ventes de voitures neuves s'effondrent aux USA : - 28,2% par rapport à l'année dernière à la même époque. Honda voit ses ventes reculer de 2,6%, General Motors de 27,8% et Ford de 35,9% depuis le début du mois de janvier ! Le marché français de l'automobile n'est pas épargné : Peugeot annonce une baisse de 10% de sa production pour éviter d'alimenter les stocks qui commencent à se former...

La Syrie se prépare à la guerre.
La Syrie rappelle dans les casernes tous les hommes nés en 1962. Il s'agit d'une mesure de précaution. Les forces de réserve syriennes comptent près de 400.000 hommes, soit autant que d'unités actives. A propos du renforcement des troupes à la frontière avec Israël, un diplomate occidental précise que "les mouvements sont normaux dans une crise telle que celle-ci. Les Syriens ne pensent pas qu'Israël lancerait une attaque ici".

Interview du général Germanos sur France-Info : Les journalistes doivent être mis en garde.
Le général Germanos, chef du SIRPA (Service de presse des armées françaises), intervient sur la radio française d'information en continu France-Info. Il met en garde tous les journalistes d'un risque de dérives, car "il y a des enfants et des femmes dont les maris sont engagés, qui ont accepté les risques car ce sont des professionnels. Il faut que nous sachions qu'elles ont aussi une âme". Le général ajoute : "Il n'y aurait rien de pire que de considérer qu'on peut commenter ce qui va se passer comme un match de boxe". D'après lui, "il est important que tous ceux qui sont concernés, le pays tout entier, sachent que la période sera difficile. Le comportement de nos soldats sera la conséquence de ce qui se dira des commentaires qu'ils pourront entendre, de ce qu'ils entendront de leurs familles, et c'est à elles qu'il faut penser aujourd'hui".

Les Palestiniens se préparent à la guerre. L'OLP (Organisation de Libération de la Palestine) décrète aujourd'hui la mobilisation générale dans les rangs palestiniens au Liban et l'ordre est donné aux militaires de se préparer à frapper les intérêts américains et britanniques dans le monde. C'est ce qu'affirme le chef politique du Fatah (principale composante de l'OLP) au Liban, Zeid Wehbe. Dans une déclaration faite dans un camp à 13 km seulement de la frontière entre le Liban et Israël, Wehbe affirme : "La guerre a déjà commencé avec le meurtre d'Abou Iyad et Aboul el-Hal", les 2 dirigeants assassinés hier à Tunis.

En bref :
   

La chaîne américaine NBC possède "des preuves d'un brouillage électronique américain". Ces brouillages des télécommunications irakiennes ont débuté dans la matinée. Ces opérations, qui précèdent habituellement une attaque aérienne, aurait commencé avant même la fin de l'ultimatum. Cette télévision annonce également qu'une vingtaine de bombardiers B-52 basés à Diego Garcia, ont atterri dans la matinée dans le Golfe.

Le Parlement britannique autorise le recours à la force contre l'Irak pour libérer le Koweït à une écrasante majorité : 534 voix contre 57 et 51 abstentions.

Le Conseil de crise espagnol se réunit pour débattre de l'attitude à prendre vis-à-vis de l'Irak à la veille d'un conflit. Le gouvernement espagnol conclut cette réunion exceptionnelle par un ultime appel au retrait irakien du Koweït.

Les responsables de Météo-France estiment que la situation dans le Golfe ne modifie en rien la diffusion des informations météorologiques concernant cette région du monde.

Le gouvernement irakien annonce qu'il est prêt à incendier 5 pétroliers ancrés au large du Koweït pour éviter toute tentative de débarquement allié.

L'Arabie Saoudite se prépare au pire. Selon un fabriquant grec, Riyad a négocié l'achat de plusieurs milliers de cercueils et a fait appel à des artisans aux USA, en Italie et en Grèce.

Brian Mulroney, Premier ministre canadien, annonce que son pays se joint aux forces de la coalition dans le cadre de l'opération Tempête du Désert.

En Tchécoslovaquie, 47 jeunes officiers irakiens, qui étudiaient à l'Académie militaire de Brno (Moravie du Sud), sont placés sous surveillance de la police.

Le général algérien Mohamed Touati, chef des opérations de l'état major, indique que l'armée est placée en état d'alerte partielle.

A Rome, une réunion du Conseil des ministres a lieu dès 8h pour défendre la position italienne après l'échéance de l'ultimatum. A l'issue de cette réunion, le gouvernement italien décique que "si nécessaire, les forces italiennes présentes dans le Golfe collaboreraient avec d'autres pays pour faire respecter les résolutions de l'ONU". Une initiative du pape serait également en cours...

Pour éviter tout risque d'attentats, des chars britanniques prennent position autour de l'aéroport londonien d'Heathrow, le plus grand d'Europe.

Le roi Hussein de Jordanie donne l'ordre à son armée de se déployer pour éviter toute invasion de son pays et met en garde les autorités irakiennes, alliées et israéliennes.

Un Boeing 707 affrété par Médecins Sans Frontière décolle de Toulouse (France) avec 29 tonnes de matériel de première nécessité destiné à la Syrie.

Le propriétaire du seul restaurant irakien de Paris, l'Aigre-doux, décide de rester ouvert, malgré les nombreuses pressions qu'il a subi.

Dans une interview accordée à la chaîne américaine CNN, Jacques Andréani, ambassadeur de France aux USA, insiste sur le rôle que veut jouer la France dans la paix, avec notamment le plan de paix français proposé à l'ONU et la tenue d'une conférence internationale sur le conflit israélo-palestinien à l'issue de la guerre.

Les autorités tunisiennes annoncent la fermeture de toutes les écoles et universités du pays par crainte d'actes terroristes.

Le Sierra Leone envoie 200 soldats en Arabie Saoudite aux côtés de la coalition internationale.

Les USA font entrer un 2ème porte-avions dans le Golfe : l'USS Ranger.

 

La guerre minute par minute

 18h00 GMT : Une dizaine d'hélicoptères américains partis d'Arar (Arabie Saoudite) détruisent 2 sites de radars près de Bagdad. L'opération dure près de 3 heures.

 20h00 GMT : Une quinzaine d'avions américains décollent de Riyad. Les correspondants de la presse occidentale comptent 7 avions-ravitailleurs KC-135, des F-15 et plusieurs C-130

21h50 GMT : 2 escadrons de F-15 américains (24 avions) décollent du "centre de l'Arabie Saoudite" (selon la localisation vague imposée par le Pentagone). Il n'y a pas de doute sur leur destination : "C'est l'Histoire qui se fait, explique aux journalistes le colonel américain Ray Davies qui, dans son enthousiasme, sort de son devoir de réserve. C'est absolument génial, le sol tremble... On a attendu pendant 5 mois. Maintenant, nous sommes en train de faire ce pour quoi nous avons été envoyés..."

22h07 GMT : Nouveaux décollages d'avions. 5 Awacs, 7 ravitailleurs KC-135, deux F-111, des F-15, un Galaxy et 3 Hercule prennent leur envol depuis la base américaine de Riyad. Un colonel français explique aux journalistes : "C'est la guerre".

 

Ils ont dit :
 
Lu dans la presse :

Hosni Moubarrak, président de l'Egypte, demande à Saddam Hussein de tout faire pour la paix et ainsi d' "éviter une catastrophe."
Pierre Joxe, ministre français de l'Intérieur, demande aux Français de ne pas se laisser "terroriser par des rumeurs de disettes ou d'attentats" (Télévision française Antenne 2).
Saadi Mehdi Saleh, président du Parlement irakien : "La confrontation entre l'Irak et les forces impies est une décision de Dieu".
Le pape Jean-Paul II, à George Bush : "La paix peut encore être sauvée".
Le gouvernement jordanien regrette "cette attaque brutale contre un pays arabe et musulman, qui a toujours cherché à renforcer l'amitié arabe".
Sid Ahmed Ghozali, ministre algérien des Affaires étrangères : La guerre qui se prépare est "une guerre de l'Occident contre un pays arabe et musulman".  
Kifah Kamel, chargé d'Affaires irakien en Arabie Saoudite : "Les relations avec nos amis saoudiens sont très bonnes. L'Irak ne menace pas l'Arabie Saoudite".  Michel Vauzelle, ancien porte-parole de l'Elysée, appelle à une "offensive diplomatique" française en direction du monde arabe pour préparer "l'étape suivante" (Radio française France-Inter).
Shlomo Lahat, maire de Tel-Aviv, déconseille à Saddam Hussein d'envoyer un missile sur sa ville "parce qu'il perdrait une bonne heure à trouver une place de parking".
George Bush, président des Etats-Unis : "Le choix de la paix appartient toujours à Saddam Hussein (...). Le 15 janvier était une date limite pour que l'Irak se retire du Koweït. Ce n'était pas une date limite pour une action de l'ONU".Un pilote français, basé à Al-Ahsa : "En France, ils se font beaucoup plus de souci que nous" (Quotidien français France-Soir).
Le roi Fahd d'Arabie reproche à Saddam Hussein de se servir de l'islam pour justifier "un geste condamnable et condamné". Il l'exhorte également à "prendre une décision courageuse pour épargner une effusion de sang et sauver les richesses de la nation arabe et islamique".
Les autorités chinoises : "L'invasion irakienne du Koweït et le conflit israélo-arabe sont 2 problèmes séparés. Il faut résoudre l'un et l'autre avec justice" (Agence de presse Chine nouvelle).
 Les autorités irakiennes : "La guerre sainte est sur le point de commencer".
 Michel Rocard, Premier ministre français : "Ce moment est arrivé alors que nous avons tout fait pour l'éviter".
Helmut Kohl, chancelier allemand : Il faut en venir "tôt ou tard" à une conférence sur la question palestinienne, même si le problème "n'a rien à voir" avec l'invasion du Koweït.
Yithzak Shamir, Premier ministre d'Israël : "Les hostilités militaires vont commencer dans très peu de temps".  
Mohammed Sadiq Al Mashad, ambassadeur irakien aux USA, en visite à Londres, demande "plus de temps pour une solution diplomatique à la crise du Golfe". Général major Khaled Nezzar, ministre algérien de la Défense, évoque la possibilité d'une attaque israélienne sur un objectif irakien "limité" (Quotidien algérien El Watan).  
Roland Dumas, ministre français des Affaires étrangères : "La phase diplomatique est terminée".
Le gouvernement bulgare demande "instamment aux dirigeants irakiens de faire preuve de sagesse et de responsabilité et à respecter les résolutions du Conseil de sécurité".
Marlin Fitzwater, porte-parole de la Maison Blanche, à propos de George Bush : "Je vous assure qu'il dormira à minuit".
Le pape Jean-Paul II demande à Saddam Hussein de faire "un geste généreux qui évitera la guerre. Ce sera un grand pas pour l'Histoire qui marquera le triomphe de la paix."
 Saddam Hussein, président de l'Irak, ne veut"pas de marchandage sur les droits de l'Irak et de la nation" (Quotidien irakien Ath Thawra).
Michel Jobert, ancien ministre français des Affaires étrangères : "La France n'a rien à voir dans ce conflit" soulignant "la duplicité" et "la myopie" du pays (Quotidien français La Croix).
Général Nahman Shaï, porte-parole de l'armée israélienne, aux journalistes occidentaux : "Regardez bien la carte d ela région. Vous verrez que nous ne sommes pas obligés de passer par la Jordanie pour frapper l'Irak, et qu'il existe de nombreuses autres options possibles."
Marlin Fitzwater, porte-parole de la Maison Blanche : "Nous ne nous sentons pas seuls. Une ligne a été tracée d'une manière très communautaire".
Saddam Hussein, président d'Irak : "Nous ferons baigner les Américains dans leur propre sang ".
George Bush, président des Etats-Unis : "Je n'ai plus grand espoir pour une solution diplomatique".
Elie Wiesel, prix Nobel de la Paix : La guerre qui se prépare est "une guerre juste" (Télévision française Antenne 2).

 

Quotidien américain Washington Post : "Il est insidieux et dangereux de dire que n'importe quel Américain arabe peut avoir un lien étroit avec des terroristes. Le gouvernement ne peut pas faire des jugements et des présomptions au sujet des citoyens sur la base de leur origine."
Titre du quotidien Al Qadissiyah, organe de presse du ministère irakien de la Défense : "Le temps de la reddition est révolu".
Quotidien algérien Echaab : "Le monde, depuis la crise des fusées à Cuba en 1963, n'a jamais été aussi inquiet et angoissé par un conflit comme celui qui pèse sur la région du Golfe".
Quotidien américain Atlanta Constitution : "Si nous détruisons une nation à part entière comme l'Irak, nous créons un vide dangereux dans une région dangereuse. En outre nous devrions assumer la responsabilité de mettre sous caution l'intégrité territoriale de l'Irak face à des pays expansionnistes comme la Syrie, l'Iran et même la Turquie. Ce n'est pas un rôle que nous devrions prendre."
Quotidien britannique Independent : "Le coût en vies humaines et en ressources matérielles pour expulser les forces [irakiennes] du Koweït est horrible à imaginer. L'Histoire montre que le coût à long terme provoqué par le refus de contrôler un tyran est encore plus élevé. Sur les dégâts d'une guerre peut être construit un monde meilleur."
Quotidien marocain L'Opinion : "Le rejet des initiatives algérienne et française confirme que Washington n'est plus intéressée par une solution négociée : ce qui laisse supposer que les buts américains de la guerre seraient de l'ordre du long terme".
Quotidien égyptien Al Ahram : Il y aurait 54 cachettes secrètes pouvant abriter Saddam Hussein en Irak.
Quotidien américain Times Picayune : "Si nous ne pouvons pas nous débarrasser rapidement d'un dictateur du Tiers-Monde avec notre grande armée (...), nous ne pourrions plus être une superpuissance."
Quotidien tunisien Le Temps : "L'Humanité égrène les heures, les minutes et les secondes, attendant le verdict de l'horreur et de l'anéantissement".
Quotidien américain Washington Times : "L'arme surprise irakienne annoncée le 13 janvier dernier par la presse de Bagdad pourrait être un engin nucléaire rudimentaire. Sûrement un engin assez petit pouvant être largué d'avion et tuant par radioactivité et pas par déclenchement d'une réaction en chaîne nucléaire." Le quotidien ajoute que George Bush a été informé de cela il y a 2 semaines, lors d'une réunion secrète à la Maison Blanche.
Quotidien irakien Ath Thawra : "Le chef (Saddam Hussein) est avec les soldats sur le front de la bataille de la justice contre l'injustice".
Quotidien américain Wall Street Journal : "Pour Saddam, une guerre contre les Etats-Unis est bienvenue, il a juste à la perdre".

 

Sondages :

Sondage Mori : 75% des Britanniques sont favorables à la participation militaire de leur pays dans la guerre, contre 18% qui y sont opposés. 51% sont favorables à une attaque immédiate, 28% préfèrent attendre au moins 3 mois et 16% pensent qu'il faut attendre plus longtemps avant d'attaquer. Sondage jordanien : Seulement 29% des Jordaniens pensent qu'un conflit va éclater dans le Golfe. Sondage argentin : 76% des Argentins sont opposés à un conflit dans le Golfe.

 

Attentat :

Italie : A Turin, des cocktails molotov sont lancés contre les locaux de la compagnie aérienne américaine Pan-Am.

 

Chronologie des événements - janvier 1991

Les places financières s'effondrent, l'inquiétude des populations et le prix de l'essence augmentent. L'Occident redoute des attaques terroristes en cas de conflit. Le tourisme international est paralysé, les compagnies aériennes en pâtissent. A Genève a lieu la rencontre de la dernière chance entre Tarek Aziz et James Baker. C'est l'échec : l'Irak menace Israël, l'Amérique menace l'Irak...

Les pacifistes du monde entier se mobilisent. A Bagdad, les ambassades ferment les unes après les autres, et en Israël, la population s'équipe en masques à gaz. Sur toutes les télévisions, le compte à rebours est enclenché. Et l'ultimatum de l'ONU expire... Le Parlement français vote pour la guerre. Les journalistes venus du monde entier s'entassent dans les hôtels de Riyad où les exercices d'alerte s'enchaînent.

En direct sur CNN, l'aviation américaine lance l'opération Tempête du désert. L'Irak riposte en lançant des missiles sur l'Arabie Saoudite et Israël. Le monde entier incite l'Etat hébreu à ne pas riposter. Une attaque israélienne contre l'Irak provoquerait la fin de la coalition arabo-occidentale. Capturés par les troupes irakiennes, 7 pilotes alliés sont exhibés sur Radio-Bagdad.

En plein conflit, Saddam Hussein accorde une interview à CNN. Alors que l'Irak est bombardé sans relâche, l'aviation irakienne trouve refuge en Iran.
Les Irakiens provoqueraient une marée noire dans le Golfe pour éviter un débarquement allié au Koweït. Les troupes terrestres irakiennes passent à l'attaque en Arabie Saoudite. La contre-offensive alliée est importante. Après 2 jours de combats acharnés, l'armée irakienne subit un lourd revers.

 

février 1991

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En vidéo


L'attente de la guerre (58  minutes)
En direct : Allocution de François Mitterrand
FR3 - Edition spéciale à 19h30 - 16 janvier 1991


L'expiration de l'ultimatum de l'ONU (55 minutes)
Antenne 2 - Télématin "spécial Golfe" (extrait 1) - 16 janvier 1991


L'expiration de l'ultimatum de l'ONU (36 minutes)
Antenne 2 - Télématin "spécial Golfe" (extrait 2) - 16 janvier 1991


L'Assemblée Nationale vote pour la guerre (2  minutes)
FR3 - Edition spéciale à 19h30 (extrait) - 16 janvier 1991


Expiration de l'ultimatum de l'ONU (17 minutes)
Zapping des chaînes françaises - 6h - 16 janvier 1991


Expiration de l'ultimatum de l'ONU (36 minutes)
Zapping des chaînes françaises - 12h45 (extrait 1) - 16 janvier 1991


Expiration de l'ultimatum de l'ONU (17 minutes)
Zapping des chaînes françaises - 12h45 (extrait 2) - 16 janvier 1991


Manifestations à Bagdad (4 minutes)
ITN - Télévision britannique (extrait en anglais) - 16 janvier 1991


Préparatifs de guerre dans le Golfe (9 minutes)
TV3 - Télévision néo-zélandaise (extrait en anglais) - 16 janvier 1991


L'armée américaine dans le Golfe (2 minutes)
ITN - Télévision britannique (extrait en anglais) - 16 janvier 1991


L'aviation israélienne prête aux combats (1 minute)
ITN - Télévision britannique (extrait en anglais) - 16 janvier 1991


L'armée britannique dans le Golfe (4 minutes)
ITN - Télévision britanniques (extrait en anglais) - 16 janvier 1991


"Bonne nuit et bonne chance !"
Rappel de toute la crise du Golfe en musique
Fin des programmes de nuit de la télévision néo-zélandaise TV3 
quelques heures avant le début des bombardements...