lundi 21 janvier 1991


L'aviation alliée effectue 1.100 sorties. 3 avions alliés et 2 avions irakiens sont abattus. Depuis le 17 janvier, 50 avions irakiens auraient été abattus lors de combats aériens et 15 autres au sol.


Et depuis le début des hostilités :
- L'aviation alliée a effectué 10.000 missions
- Les Alliés ont perdu 17 avions (10 américains, 4 britanniques, 1 italien, 1 koweïtien, 1 saoudien) et 2 hélicoptères.
- Les Irakiens ont perdu 65 appareils
- Du côté allié, 25 militaires ont été tués ou portés disparus (14 Américains, 8 Britanniques, 2 Italiens, 1 Koweïtien)
- Selon Bagdad, 178 avions alliés auraient été abattus par la DCA irakienne et 20 soldats alliés capturés.


Discours de Saddam Hussein sur Radio-Bagdad.
Un discours de Saddam Hussein est retransmis sur Radio-Bagdad, puis repris par tous les médias du monde. Le Président irakien y affirme que "la riposte irakienne va commencer dans quelques jours à plus grande échelle". Peu après, sur ces mêmes ondes, un porte-parole militaire annonce que les prisonniers alliés vont servir de "SCUD humains" pour la défense de leurs objectifs militaires. Il s'agit selon lui d'une mesure défensive, "l'une de celles qu'il a fallu prendre en raison des raids qui ont visé des objectifs civils, économiques et scientifiques, et touché la population". Les pilotes prisonniers vont en conséquence être placés près des sites considérés comme cibles, "à l'intérieur des villes irakiennes". Aussitôt, à Washington, Dick Cheney, le Secrétaire à la Défense, parle de "crimes de guerre dont les auteurs devront répondre."

Les Irakiens de France.
A Paris, 12 diplomates irakiens et leurs familles sont expulsés. L'ambassadeur Abdoul Razzak al-Hachimi reste cependant en France avec ses 4 collaborateurs. Le chef de la diplomatie irakienne en France en a profité pour rappeler que 1.400 de ses compatriotes vivaient en France, dont 400 rien qu'à Paris. Bien que nombre d'entre eux aient fait savoir qu'ils se rangeaient plutôt dans les rangs de l'opposition à Saddam Hussein, les services de police s'intéressent de près à leurs activités. Les conséquences de la guerre sur la situation des Français au Maghreb et des Maghrébins en France est d'ailleurs la principale raison de la visite à Tunis de François Scheer, secrétaire général du Quai d'Orsay.

Alerte aux SCUD en Arabie Saoudite : 7 blessés.
En direct sur les télévisions américaines, de nouveaux tirs de SCUD irakiens ont lieu en direction de l'Arabie Saoudite. Sur la salve de 10 SCUD lancée par l'Irak, 4 visaient Riyad et 6 Dhahran. 9 ont été détruits en vol par des Patriot et le dernier s'est abîmé en mer. Mais dans le ciel de Riyad, l'un des missiles anti-missiles américains rate sa cible et retombe sur la capitale saoudienne. Bilan : 7 blessés.

La neutralité de l'Iran.
Le ministre iranien des Affaires étrangères réaffirme la neutralité de son pays dans le conflit tout en critiquant les bombardements sur l'Irak pour ne pas se couper des fondamentalistes religieux iraniens. Il critique ainsi les "sauvageries et les attaques contre l'Irak" et considère qu'une invasion alliée de la ville irakienne de Bassorah constituerait une atteinte à la sécurité nationale iranienne. Quant au président Hachemi Rafsandjani, il déclare que l'Iran est prêt à jouer un rôle actif afin de ramener la paix.

La guerre en direct sur les télévisions américaines.
A l'image de CNN, seule chaîne d'information en continu, les chaînes généralistes américaines consacrent toutes leurs émissions à la guerre du Golfe. La concurrence étant rude et les audiences au sommet, les bombardements sont diffusés 24h/24 sur ABC, CBS et NBC. Et sans aucune coupure ublicitaire ! Ce que l'on n'avait pas vu depuis l'assassinat du président américain Kennedy en 1963. Ce qui provoque l'inquiétude du monde des finances : dépenser une fortune pour diffuser la guerre en direct, soit, mais sans aucune recette publicitaire risque de provoquer une grave crise économique dans le monde télévisuel après la guerre...

Les actions de Raytheon s'arrachent à Wall Street.
A la bourse de Wall Street, les actions de Raytheon, le fabricant des missiles Patriot, font un bond exceptionnel. Les dirigeants de cette entreprise basée à Lexington (Massachussets) s'attendaient, début 1990, à une brutale restriction des commandes, due à la fin de la Guerre froide. Grâce à la guerre du Golfe, l'action de l'entreprise a gagné 18 dollars en quelques jours ! Les missiles Patriot, déployés en Israël pour contrer les SCUD irakiens, sont devenus célèbres dans le monde entier. Washington vient d'ailleurs de donner son accord à la vente de 20 missiles à 600.000 dollars pièce à l'Arabie Saoudite. La Turquie souhaite également passer commande, et l'US Army demande aux dirigeants de l'entreprise d'accélérer la cadence de fabrication des missiles... Une belle reconversion pour une entreprise qui fabriquait des machines à laver dans les années 60...

Conséquences économiques de la guerre en France.
Face à la guerre et à la peur du terrorisme, l'économie semble paralysée en France. Les clients boycottent les magasins et les cinémas, les restaurants des Champs Elysées sont vides. Au magasin Printemps de Paris, on constate une baisse d'un quart du chiffre d'affaires. Même constat au Virgin Mégastore des Champs Elysées : "Depuis l'échec des négociations Aziz-Baker, on a de moins en moins de monde" déplore la direction. La fréquentation d'un cinéma des Champs Elysées a chuté de 30% en une semaine. L'hôtel George V subit son plus faible taux de remplissage depuis les attentats parisiens de 1986, et les ventes de voitures neuves se sont effondrées de 40% en 15 jours. Le trafic Air France a baissé de 4% depuis début janvier, et les réservations ont chuté de 8% depuis 1 semaine. Mais la presse échappe à ce phénomène. Alors que les journaux télévisés battent des records d'audience, la presse quotidienne double, voire triple, ses ventes. A tel point que Le Figaro et France Soir publient des éditions spéciales le dimanche, habituellement chômé... Et les ventes de l'hebdomadaire Paris Match ont progressé de 15%, alors que Libération a vu ses ventes passer de 190.000 exemplaires à 550.000 le premier jour de guerre ! Autre bénéficiaire de la crise : Beghin Say, N°1 français du sucre. Ses livraisons ont en effet été multipliées par 3 depuis le 14 janvier en France. Les magasins et les centres d'achat, dévalisés par les consommateurs inquiets à l'approche de la guerre, ont affrété plusieurs camions pour se réapprovisionner à la raffinerie sucrière Beghin Say de Nantes.

Le financement de la guerre.
En pleine guerre dans le Golfe, le sommet du G7 regroupant les 7 pays les plus riches du monde se réunit à New York pour débattre des conséquences économiques de la guerre. L'Allemagne en profite pour annoncer une augmentation de sa participation financière à l'effort de guerre allié, tout comme le Japon où la presse estime que cette participation financière s'échelonnera entre 25 et 50 milliards de F (entre 3,5 et 7,5 milliards d'€).

La France redoute des attentats.
Les alertes à la bombe se multiplient en France. Ainsi, il y a 3 jours à Toulouse, la découverte d'un paquet suspect a provoqué l'évacuation de l'université Paul-Sabatier. Les examens prévus dans la journée ont dû être reportés. Les autorités ont également fait évacuer les locaux de la chaîne de télévision locale FR3, les ateliers d'Air France, un parking du centre-ville... dans la même journée ! Au Nord, la frontière belge, qui s'étend sur plus de 330 km, est sous haute surveillance. Cette frontière est une véritable passoire. Plus de 300 hommes (CRS, DST et Police de l'Air et des Frontières) et 19 brigades cynophiles passent les 270 points de passages en voiture au peigne fin. Dans le département du Nord, on craint en effet une attaque terroriste contre la centrale de Gravelines, près de Dunkerque, la plus grande centrale nucléaire d'Europe...

En bref :
   

Des pilotes américains récupèrent l'un des leurs, abattu par la DCA irakienne. A la frontière, des accorchages ont lieu vers 18h entre américains et Irakiens. Plus de 80 salves ont été tirées par les GI's contre des positions irakiennes au Koweït.

A Bruxelles, 10.000 personnes manifestent pour réclamer le retrait des troupes belges du conflit. Le gouvernement rappelle de ce fait que les soldats belges envoyés dans le Golfe n'ont qu'un rôle purement défensif.

Une vingtaine d'avions koweïtiens, qui ont pu fuir l'émirat au moment de l'invasion, participe aux bombardements sur le Koweït.

Le gouvernement philippin expulse Muwafak al-Ani, le premier secrétaire de l'ambassade d'Irak à Manille, accusé d'être personnellement impliqué dans une tentative d'attentat à la bombe dans la capitale des Philippines, alliées des Etats-Unis. Le poseur de bombe, un Irakien, a été tué par son engin.

George Bush annonce que la solde des militaires américains en mission dans le Golfe sera exonérée de tout impôt sur le revenu. Le Président américain a tenu à faire lui-même cette annonce, destinée à remonter le moral des Boys. 20.000 réservistes supplémentaires sont également rappelés.

Le dispositif Daguet se renforce avec le départ pour le Golfe de 120 hommes du 3ème RIMa de Vannes.

Un plan de paix est proposé par Mikhaïl Gorbatchev à Saddam Hussein. Ce dernier refuse en affirmant :"Proposez-le à l'agresseur Bush".

Alors qu'au total, 6 batteries de Patriot américains sont en place en Israël et que les USA reconnaissent à l'Etat hébreu le droit de se défendre, les autorités israéliennes démentent que leur pays ait pris l'engagement auprès de Washington de ne pas attaquer l'Irak en échange de l'installation de Patriot.

Devant le siège de l'ONU à New York, 10.000 personnes se rassemblent pour manifester leur soutien à Israël et à la guerre contre l'Irak. Certains réclament même une riposte israélienne contre l'Irak. Ils sont 500 devant l'ambassade d'Israël à Paris pour apporter le même soutien.

Dans la soirée, les sirènes retentissent de nouveau à Dharhan et au Barheïn. Mais il s'agit de fausses alertes.

La compagnie américaine TWA annonce le licenciement de 500 personnes pour faire face à la crise aéronautique engendrée par la guerre du Golfe. Il y a quelques jours, elle avait déjà annoncé la suppression de nombreux vols vers le Moyen-Orient et a divisé par 2 ses vols vers l'Europe.

L'Irak dénonce le pacte de non-agression signé en 1989 avec l'Arabie-Saoudite.

Dans une interview accordée à la télévision britannique BBC, Abdul Razzak Al-Hashimi, ambassadeur d'Irak en France, explique que son pays appliquera la Convention de Genève dans le traitement des prisonniers de guerre alliés capturés par les Irakiens.

Les Jaguar de l'aviation française attaquent une base navale au sud de Koweït-City.

Ils ont dit :
 
Sondages :

Lieutenant - général Thomas Kelly, responsable des opérations pour les chefs d'équipe, lors d'un briefing au Pentagone : "Je suis persuadé qu'une guerre terrestre longue, dans le sens où je crois que vous parlez (une guerre qui durerait des mois ou des années) oui, peut être évitée" (Hebdomadaire américain Time).

 

Sondage Gallup Organization - Newsweek : 78% des Américains, contrairement aux Irakiens, considèrent que la guerre du Golfe et l'occupation israélienne de la Palestine doivent être réglées séparément.
Selon un sondage, 75% des Allemands pensent que leur pays doit rester en dehors de tous les conflits armés dans le monde.

Chronologie des événements - janvier 1991

Les places financières s'effondrent, l'inquiétude des populations et le prix de l'essence augmentent. L'Occident redoute des attaques terroristes en cas de conflit. Le tourisme international est paralysé, les compagnies aériennes en pâtissent. A Genève a lieu la rencontre de la dernière chance entre Tarek Aziz et James Baker. C'est l'échec : l'Irak menace Israël, l'Amérique menace l'Irak...

Les pacifistes du monde entier se mobilisent. A Bagdad, les ambassades ferment les unes après les autres, et en Israël, la population s'équipe en masques à gaz. Sur toutes les télévisions, le compte à rebours est enclenché. Et l'ultimatum de l'ONU expire... Le Parlement français vote pour la guerre. Les journalistes venus du monde entier s'entassent dans les hôtels de Riyad où les exercices d'alerte s'enchaînent.

En direct sur CNN, l'aviation américaine lance l'opération Tempête du désert. L'Irak riposte en lançant des missiles sur l'Arabie Saoudite et Israël. Le monde entier incite l'Etat hébreu à ne pas riposter. Une attaque israélienne contre l'Irak provoquerait la fin de la coalition arabo-occidentale. Capturés par les troupes irakiennes, 7 pilotes alliés sont exhibés sur Radio-Bagdad.

En plein conflit, Saddam Hussein accorde une interview à CNN. Alors que l'Irak est bombardé sans relâche, l'aviation irakienne trouve refuge en Iran.
Les Irakiens provoqueraient une marée noire dans le Golfe pour éviter un débarquement allié au Koweït. Les troupes terrestres irakiennes passent à l'attaque en Arabie Saoudite. La contre-offensive alliée est importante. Après 2 jours de combats acharnés, l'armée irakienne subit un lourd revers.

 

février 1991

Galerie de photos
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En vidéo


Les prisonniers de guerre alliés (26 minutes)
FR3 - Journal de 19h30 - 21 janvier 1991


Les bombardements sur l'Irak (5 minutes)
BBC - Télévision britannique (extrait en anglais) - 21 janvier 1991


La France a vendu des armes à l'Irak (1 minute)
FR3 - Journal de 12h45 (extrait) - 21 janvier 1991


Les pilotes d'A6 américains (3 minutes)
NBC - Télévision américaine (extrait en anglais) - 21 janvier 1991


Bagdad sous les bombes (2 minutes)
NBC - Télévision américaine (extrait en anglais) - 21 janvier 1991


Alerte aux SCUD sur l'Arabie Saoudite (7 minutes)
TV3 - Télévision néozélandaise (extrait en anglais) - 21 janvier 1991


L'aviation britannique (2 minutes)
TV3 - Télévision néo-zélandaise (extrait en anglais) - 21 janvier 1991


Les pilotes alliés capturés par les Irakiens (3 minutes)
TV3 - Télévision néo-zélandaise (extrait en anglais) - 21 janvier 1991


Les prisonniers de guerre alliés (13 minutes)
Antenne 2 - Journal de 20h (extrait) - 21 janvier 1991


Les prisonniers de guerre alliés (5 minutes)
RAI 2 - Télévision italienne (extrait en italien) - 21 janvier 1991